La réforme du lycée, aussi appelée la réforme du Baccalauréat Général et Technologique, a été mise en place en 2018. Elle avait pour but de simplifier l’examen final, d’instaurer un contrôle continu et surtout et de supprimer les trois filières S, L et ES en renforçant un système de spécialités de façon à ce que chaque élève crée son propre parcours personnalisé. Si la crise sanitaire de la COVID-19 a pu perturber son bon aménagement au début, la nouvelle année 2023 permet aujourd’hui de dresser un bilan concret de cette réforme, étant pour la première fois dépourvue d’aménagements spéciaux. Qu’en est-il donc de ce nouveau Baccalauréat ?

 

Des spécialités qui divisent

Les lycéens font, depuis 2018, le choix parmi treize enseignements de spécialité. Ils doivent en suivre trois en classe de Première, puis en conserver deux en classe de Terminale. Si l’accent est mis sur l’autonomie de chaque lycéen à créer son chemin selon ses désirs, cette grande liberté crée malheureusement des inégalités sociales et de genre. 

L’écart entre les filles et les garçons suivant un enseignement scientifique et plus particulièrement le choix de la spécialité Mathématiques, s’est creusé de façon très alarmante. La spécialité Mathématiques est désertée de manière générale, puisque plus de la moitié des élèves de Première choisissent de ne pas suivre cette discipline. Ceux qui font le choix de l’option en Première, quant à eux, l’abandonnent en Terminale à raison d’environ un élève sur deux. Ayant conservé voire renforcé sa réputation élitiste, l’offre de Mathématiques n’est pas suffisamment mise en avant ; elle est généralement vue comme une discipline masculine très intellectuelle. En effet, une grande partie de lycéens la délaissent, la jugeant d’office hors-de-portée. 

Pour les inégalités de genre, l’impact se propage inévitablement jusqu’aux filières post-Bac, puisque nous pouvons constater une baisse de 8% des filles admises en Classes Préparatoires Économiques et Sociales en 2021. Les pré-requis en Mathématiques attendus par certaines études supérieures ne sont pas bien communiqués, c’est pourquoi beaucoup d’élèves, majoritairement des filles, se permettent de ne pas suivre la discipline mais de candidater à des filières qui ne seront donc pas atteignables. 

Les chiffres sont lourds : 46% des filles ne font pas le choix des Mathématiques ou d’un enseignement de SES en classe de Première, et 25% des garçons non plus. Ces derniers ont plutôt tendance à délaisser les lettres. L’association « Femmes et Maths » dénonce un recul de 25 ans pour la place des femmes dans le milieu scientifique et mathématiques. 

Certains enseignements de spécialité se voient tout aussi déçus : Sciences de l’ingénieur ; Langues, Littérature et Culture de l’antiquité ; Numériques et Sciences informatique ; Humanités, Littérature et Philosophie, sont les quatre autres spécialités les moins convoitées. 

 

Une pression excessive pour les professeurs

L’instauration du système de spécialités a rajouté beaucoup de travail aux professeurs, impliquant de fait une lourde charge mentale. Les épreuves de spécialités exigent en effet d’aménager son calendrier de manière bien stricte ; certains chapitres sont obligés de sauter ou bien les professeurs sont tenus de terminer l’intégralité de leur programme pour la mi-mars en classe de Terminale, au lieu de juin. En effet, le nouveau ministre de l’éducation, Pap Ndiaye, a choisi d’avancer l’échéance au mois de mars en septembre 2022. Cela lance les enseignants dans une course contre-la-montre tout à fait contre-productive, la vitesse prenant le pas sur la qualité. 

Toutes les méthodes ne peuvent être établies, et les élèves ne sont évalués qu’une seule fois par notion lors d’épreuves partielles, ce qui ne permet pas de confirmer les acquis. Les révisions sont moins intensives et concluantes que pour l’ancien Baccalauréat, où chaque lycéen était tenu de revoir tout le programme, ignorant le chapitre sélectionné. Selon les disciplines, certains professeurs se retrouvent ainsi à bâcler leur programme, faute de temps, ce qui entraîne une grande frustration. 

Le 25 janvier 2022, environ 200 professeurs se sont réunis autour du ministère de l’Éducation nationale dans le but de reporter l’évaluation des enseignements de spécialité au mois de juin ou de mai comme convenu initialement, de manière à alléger la charge de travail pour eux comme pour les lycéens, finir correctement le programme et permettre une évaluation plus globale et juste. Le mois de mars a été choisi pour que les notes puissent être disponibles dans les dossiers Parcoursup des élèves de Terminale, bien que la plupart des filières post-Bac ont réalisé la non-cohérence de ces résultats prématurés. 

Les professeurs de Terminale se retrouvent à enseigner comme en classe préparatoire ; ils avancent dans le programme sans aucun retour en arrière, causant un tri progressif des élèves qui suivent ou non, allant à l’encontre de l’égalité des chances et des valeurs d’apprentissage de nombreux enseignants. 

Seule l’épreuve de Philosophie est restée fixée au mois de juin, ce qui crée une nouvelle crainte : la disparition des élèves après le mois de mars. L’année dernière, il avait effectivement été notifié de l’absence de la moitié des lycéens après les épreuves du mois de mai. Le 27 janvier 2022, un autre mouvement a été organisé : à Vaulx-en-Velin, plusieurs professeurs décident de passer la soirée dans l’établissement pour finir leur programme, symbolisant le fait qu’ils devraient travailler nuit et jour pour réussir à tout boucler dans les temps. 

 

Des lycéens dépassés

Les élèves, pour toutes les raisons précédemment évoquées, font face à un stress important. Leur avenir se joue dans l’installation bancale de cette réforme qui peine à faire ses preuves. L’échéance de mi-mars 2023 approche, et les lycéens comptent les jours, ayant pleinement conscience du retard accumulé par les professeurs, étant les premiers à en pâtir, puisqu’ils n’ont quant à eux pas le temps d’assimiler les connaissances et les méthodes exigées. 

La charge mentale et la course contre-la-montre pèsent tout aussi bien sur eux qui n’ont, pour la plupart, pas forcément réussi à s’approprier leurs enseignements de spécialité, puisqu’il s’agit chaque fois d’un programme complexe et dense qui les passionne pourtant. 

Entre le contrôle continu, l’épreuve écrite de Philosophie, le Grand Oral et Parcoursup, la pression est forte pour cette première année qui teste véritablement la réforme. L’oral décisif du mois de juin est également largement décrié puisque les élèves estiment n’y avoir pas été suffisamment préparés. Cette épreuve causerait de nouvelles inégalités, étant accusée de favoriser injustement les élèves éloquents et non timides, ce dans quoi beaucoup de lycéens ne se reconnaissent pas forcément. Aucune préparation ou sensibilisation n’est prévue pour ces derniers. Les élèves issus de milieux défavorisés ne sont pas aidés puisque les professeurs ne peuvent pas prendre le temps d’organiser des suivis individuels ; ils sont alors mis de côté et délaissés. Ces injustices sociales pèsent dès la classe de Seconde et de Première, où le programme de Français est particulièrement lourd et exigeant. En classe de Terminale, l’exigence est au même niveau pour le mois de mars que pour le mois de juin, ce qui fait que les élèves doivent redoubler d’efforts pour anticiper un trimestre en moins. Le travail à la maison est doublé pour leur permettre de gagner du temps sur le programme. 

Pour certains, il n’est pas question de tomber malade ; les cours manqués à rattraper seraient intenables. En plus de cela, les projets culturels, sorties ou voyages scolaires sont devenus inenvisageables par manque de temps, alors que les élèves ont déjà souffert des confinements à répétition des années précédentes.

 

Le bilan de cette réforme n’est pas très positif ; elle provoque beaucoup de polémiques et de mouvements pour se faire entendre par le ministère de l’éducation, qui n’a jusque-là pas réagi. Les épreuves écrites de spécialité sont fixées cette année du 20 au 22 mars. 

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