La crise sanitaire qui plane depuis quasiment quatre ans n’a fait que confirmer le manque d’effectif du personnel médical. Pour pallier cela, le gouvernement a mis fin en 2021, au numerus clausus qui pèse sur la discipline depuis 50 ans, ayant été remplacé par un numerus apertus. La première année commune des études de santé s’achevait effectivement par un numerus clausus très sélectif, puisque seuls environ 20% des étudiants étaient admis en deuxième année. Bien que sa suppression en soulage plus d’un, les déserts médicaux ne seront pas réglés avant une dizaine d’années, soit d’ici 2030, le temps de la formation des futurs médecins, dentistes, pharmaciens et sages-femmes. D’où vient ce système ayant mené à ce gouffre, aujourd’hui ?

 

Origine du numerus clausus

Le numerus clausus, du latin « nombre fermé », a été discrètement établi après mai 1968, ce qui lui apporte une envergure politique assez sensible. À ce moment-là, il devait être voté à l’Assemblée nationale un texte visant à sélectionner les étudiants à l’entrée des universités. Après les grèves et les mobilisations, l’université devient finalement libre d’accès et gratuite.

Pourtant, les études de médecine, de plus en plus convoitées, deviennent à l’inverse plus sélectives, notamment parce que les médecins libéraux eux-mêmes le demandent, de façon à ce que les médecins représentent un nombre précis d’élus. En effet, le nombre de médecins en exercice était perçu comme excessif, et la qualité de la formation médicale était souvent remise en question. Avec le conventionnement et le remboursement des soins, il s’agissait aussi de faire des économies, puisque former plus de médecins revient forcément à dépenser plus d’argent. 

C’est à partir de 1971 que le numerus clausus est réellement institué et en 1979 qu’il est fermement appliqué. Le nombre de places en deuxième année est déterminé à l’avance en fonction des capacités formatrices dans les hôpitaux, puisque les étudiants doivent effectuer, au cours de leur formation, des stages encadrés par des professionnels. En 1972, l’effectif d’étudiants doit donc être de 8 600, mais il est en réalité de 11 000 puisque des écarts sont encore tolérés, par peur de réveiller un nouveau mouvement de mobilisation important. Avec les années, le chiffre ne fait que diminuer, et il est instauré en fonction des besoins estimés du pays. En 1981, il chute à 6 000.

 

Les effets du numerus clausus

Le numerus clausus a des effets inévitables sur la pratique médicale et sur le système de santé en général. Tout d’abord, l’effet se faisant le plus ressentir est la pénurie de médecins largement constatée, ce qui cause des problèmes d’accès aux soins pour les patients. 

Avec une limitation du nombre de médecins formés, ceux-ci vont avoir tendance à se concentrer dans les grandes villes, ce qui accroît le sous-effectif des zones rurales et périphériques. La charge de travail double, voire triple pour les médecins en exercice, ce qui les confronte à une qualité de vie en baisse, et affecte leur santé mentale. Ainsi, les patients ont à la fois plus de difficultés à accéder aux soins et des services de moins bonne qualité, faute de temps et de concentration de la part des équipes médicales. 

Lors des études, le numerus clausus se ressent à travers une concurrence accrue pour les places disponibles. À cause de cela, de nombreux abandons sont remarqués. 

 

Le numerus apertus : quelles différences ?

Le numerus apertus, du latin « nombre ouvert », est un système d’admission ouvert qui permet à tous les étudiants remplissant les critères d’entrée de s’inscrire dans une faculté de médecine. Il désigne un nombre minimum d’étudiants admis en seconde année, étant individuellement fixé par chaque université en fonction de ses capacités d’accueil. 

Contrairement au numerus clausus, il n’y a pas de limite au nombre d’étudiants qui peuvent être admis dans une faculté de médecine. Le numerus apertus était déjà utilisé dans certains pays, notamment aux États-Unis, pour permettre un accès plus large à la formation médicale. Il permet une sélection plus juste, équilibrée et moins compétitive, en s’ouvrant à un plus grand nombre d’étudiants. 

Le calcul se fait en fonction des besoins de santé, des capacités de formation disponibles et d’une diversification des lieux de stage et de formation

 

Malgré la suppression du numerus clausus, la filière tend à garder une certaine sélection, de façon à ne pas entacher la qualité de la formation. Le concours est toujours présent, mais il s’assouplit progressivement. La rentrée 2021 avait compté 16 600 étudiants admis en seconde année, toutes filières confondues, contre 14 800 en 2020, ce qui prouve l’efficacité du numerus apertus, qui s’installe doucement mais sûrement. 

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