Le nouveau Baccalauréat, depuis sa réforme en 2018, a été longuement perturbé par la crise sanitaire. Cette année 2023 est la première à le présenter sans aucun aménagement spécifique. Pour la première fois, les épreuves de spécialité avaient lieu au mois de mars comme ce qui avait toujours été prévu et ce qui soulevait beaucoup de critiques. Cette réforme, rappelons-le, a pour objectif de moderniser l’examen et de le rendre plus juste et plus équitable pour tous les élèves, en le composant maintenant de deux épreuves écrites, à savoir celles des spécialités, d’un grand oral et d’un contrôle continu. Ces trois journées d’examen, entre le 20 et le 22 mars, ont suscité beaucoup d’inquiétude, sous l’impression d’un grand déséquilibre en fonction des journées d’épreuves.

Des épreuves inégalitaires ?

Les épreuves de spécialité, en se déroulant sur plusieurs jours, ont l’obligation de faire différer les sujets et les exercices à chaque nouvelle journée d’examen, afin d’éviter les tricheries. Cependant, cette mise en place a suscité beaucoup de tort, puisque de nombreuses inégalités ont été constatées. Dans le département du Var tout particulièrement, les élèves et leurs parents ont été indignés. Ces derniers ont tout de suite exprimé leur mécontentement en rappelant que les notes des épreuves de spécialité comptent pour 32% de la note finale du Baccalauréat, et qu’elles figurent pour la première fois cette année dans le dossier Parcoursup ; autrement dit, ces notes sont décisives pour l’avenir des lycéens. Les parents de ces élèves refusent catégoriquement que cela soit compromis par une épreuve injuste. En effet, une fois que les élèves ont pu comparer leurs sujets, leurs brouillons et consulté les réseaux sociaux, de grandes différences de niveau ont été relevées entre les exercices proposés aux candidats, la deuxième journée ayant alors été considérée comme bien plus difficile que la première.

La spécialité Mathématiques a beaucoup fait parler d’elle, avec un premier sujet de niveau Première et un second sujet de niveau complètement inattendu, avec parfois des exercices hors programme.

Certains sont soulagés, d’autres sont révoltés. Plusieurs professeurs se sont joints au mouvement en défendant leurs élèves, conscients que l’égalité parfaite dans la difficulté des sujets n’existe pas, ils jugent néanmoins eux aussi une inégalité trop profonde.

Une baisse du niveau des élèves ?

En se voulant plus juste et équitable, ce « Bac Blanquer » est-il plus facile pour autant ? Il est surtout de plus en plus démocratisé, puisqu’il devient accessible au plus grand nombre possible d’élèves.

Au cours des dernières décennies, le nombre de candidats au baccalauréat a augmenté, passant d’environ 200 000 candidats dans les années 1950 à plus de 700 000 aujourd’hui. Cette augmentation a imposé un changement dans la nature de l’examen, et celui-ci a été considéré de plus en plus facile au fil des ans, en particulier depuis les années 1980, lorsque des réformes ont été annulées pour permettre à un plus grand nombre d’étudiants d’accéder à l’examen.

En réalité, au lieu d’être de plus en plus facile, il est plutôt de plus en plus accessible pour tous. Si le taux de réussite à l’examen final était de 74,9% en 1995, il était effectivement de 88,6% en 2016. Aujourd’hui, le Baccalauréat est à destination de tout le monde, peu importe l’âge, le milieu social, l’identité. Son obtention par une plus grande partie de la population permet par la suite de constater plus de candidats aux études supérieures, ce qui est très positif pour l’Éducation nationale.

Les épreuves de spécialité permettent aux lycéens de choisir des matières qui les passionnent et de se concentrer ainsi sur leurs forces plutôt que leurs faiblesses. Cela devrait donc constituer un atout pour eux ; ce qui n’est pas forcément le cas cette année.

La commission d’harmonisation

Face à ces polémiques et bien que les correcteurs se soient défendus en affirmant qu’ils avaient travaillé tous ensemble sur les différents sujets de manière à donner une chance à tout le monde, une harmonisation et une correction sont dès lors mises en place et parviendront à équilibrer tout cela. Cette commission d’harmonisation a toujours existé, elle sert à constater un éventuel déséquilibre après les premières corrections et notations des professeurs et à le régler, en retravaillant sur chaque copie.

Selon les écarts constatés, cela peut aller dans les deux sens, un assouplissement ou une certaine sévérité sont installés dans le but d’égaliser les résultats des copies. Un comité est créé et les correcteurs ont pour mission d’atteindre une certaine moyenne. L’écart de difficulté constaté lors des épreuves de spécialité de l’année 2023 sera donc comblé selon les services du ministère de l’Éducation nationale, qui ont tenu à s’exprimer dans la foulée.

La réforme du Baccalauréat en 2018, qui visait à rendre l’examen plus égalitaire, est aujourd’hui en porte-à-faux et nous prouve qu’il y a encore des possibilités d’amélioration. Si la commission d’harmonisation permettra d’aider à apaiser les tensions, les épreuves de l’année prochaine auront tout intérêt à viser un objectif plus équitable.

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