Annoncée en 2019, la réforme du lycée pilotée par le ministre Jean-Michel Blanquer aurait dû être totalement effective l’année suivante. Contrôle continu, examen de philosophie, Grand Oral et surtout épreuves de spécialités. Mais l’épidémie de la Covid-19 a bousculé la donne. Ces épreuves de spécialité ont été supprimées en 2020 et en 2021 et décalées fin juin en 2022, au lieu du mois de mars initialement prévu.

Cette année 2023 était ainsi la première à voir se dérouler le Baccalauréat comme prévu dans la réforme. Au-delà des interrogations sur la pertinence même de cet examen repensé, la date de ces épreuves posait problème. Qu’en a-t-il été réellement ?

Une démotivation redoutée au troisième trimestre

En 2023, les épreuves de spécialité ont eu lieu du 20 au 22 mars. C’est le 12 avril que les élèves ont pris connaissance de leurs notes. Soit près de trois mois avant la fin théorique de l’année scolaire. 

Un seul responsable à ce calendrier : Parcoursup. La plateforme des vœux a besoin de connaître un maximum d’éléments sur les postulants dès le mois de mai. Son algorithme se fonde donc sur les résultats obtenus au cours des trois années de lycée, mais surtout sur les notes de contrôle continu, de l’épreuve de français de Première et des deux épreuves de spécialité de Terminale.

Sur la base de ces données, il va mettre en relation les candidats avec des formations que l’algorithme juge appropriées. Pour que chacun ait trouvé une formation en septembre, la plateforme doit envoyer les dossiers des postulants aux établissements supérieurs au mois de mai. Cela leur laisse le temps d’étudier les candidatures et de prendre contact avec les personnes retenues dès juin.

Inclure les notes des épreuves de spécialité sur Parcoursup implique donc qu’elles soient disponibles dès la fin du mois d’avril.

Les causes d’une désertification des classes au 3e trimestre de terminale

Enseignants comme responsables d’établissements dressent un bilan assez négatif de cette première mouture du nouveau Bac. 

Un calendrier particulièrement démotivant

Le baccalauréat repose aujourd’hui sur 5 piliers : 

L’épreuve anticipée de français (fin de Première)  – 10 % de la note globale
Le contrôle continu – 40 %
Deux épreuves de spécialité en Terminale (résultats début avril) — 32 %
L’épreuve de Philosophie en Terminale (en juin) — 8 % en filière générale, 4 % en technologie
Le Grand Oral en Terminale (en juin) — 10 % en filière générale, 14 % en technologie

Ainsi, début avril, les candidats au Baccalauréat connaissent déjà 82 % de leur note finale ! Un nombre important d’élèves savent donc à cette époque qu’ils ont leur Bac, alors que d’autres anticipent leur échec.  

Des taux de 25 à 35 % d’absentéisme constatés

Les journaux se font l’écho du désarroi, voire du découragement des enseignants. Pas une région ni un lycée ne sont épargnés par la désertion des classes de Terminale. Si l’on recoupe tous les témoignages, ce sont presque un tiers des élèves qui auraient disparu !

Pire, ceux qui continuent à venir en cours seraient sensiblement désimpliqués. Leur participation serait plus un acte de présence qu’une participation active.

Restent certains élèves, minoritaires, qui continuent à s’impliquer a minima pour obtenir une bonne mention au bac.

Des apprentissages contrariés

L’effet pervers de ce calendrier tient aussi à un déséquilibre pédagogique : à peine deux trimestres pour acquérir les connaissances nécessaires aux deux épreuves de spécialité, cela n’incite-t-il pas à tout axer sur ces matières au détriment des programmes du tronc commun ? Un certain nombre d’enseignants disent le constater.

Comment prévenir cet effet de désertification des classes de Terminale au troisième trimestre ?

Rien d’imaginaire dans cette désertification des classes de Terminale au troisième trimestre, au point que le ministère s’est senti obligé de réagir. Alors, comment pourrait-on améliorer la situation les prochaines années ?

Menace et avertissements ont des effets marginaux

Le ministère de l’Éducation nationale a tenu à rappeler, devant l’ampleur du phénomène d’abandon de la scolarité, que les élèves « doivent poursuivre leurs efforts » et que la présence en cours est obligatoire jusqu’à la fin de l’année.

Quant aux établissements scolaires eux-mêmes, leurs courriers d’avertissement aux parents ne semblent pas avoir un effet sensible sur les taux d’absentéisme.

Un argument « Parcoursup » pourrait avoir plus de poids : pour les élèves n’ayant pas obtenu leurs premiers souhaits, il existe une phase complémentaire qui tient compte des résultats du troisième trimestre. Serait-ce suffisant ? Pas en 2023, en tout état de cause.

Une modification du calendrier, la solution qui fait consensus

Syndicats d’enseignants comme associations de parents d’élèves sont unanimes à réclamer un retour de l’ensemble des épreuves en juin. Mais cela bute sur la lourde procédure Parcoursup. Le ministère n’envisage pas pour l’instant, de modifier le calendrier. Une difficulté semble résider dans le travail colossal  de classement des dossiers de candidature. Le responsable ? L’algorithme de la plateforme qui complexifierait le processus en distribuant les vœux en fonction des réponses des établissements comme des candidats, dans une course sans fin.

L’idéal serait donc un retour des épreuves en juin et un travail de simplification de l’algorithme de Parcoursup qui permettrait de rendre la procédure plus rapide. 

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