L’introduction d’enseignements de spécialité en 2020 en Première et en Terminale a profondément modifié l’organisation des études avant le Baccalauréat. Les élèves ont désormais l’obligation de choisir 3 enseignements spécifiques en Première, puis deux en Terminale, parmi une liste de 13 spécialités. Afin de garantir à tous une approche pédagogique complète, un tronc commun de matières fondamentales constitue le cœur des études. Il s’agit ainsi d’éviter que certains étudiants n’aient aucun contact avec ces grandes thématiques pendant ces deux années. Parmi celles-ci a été créé un « enseignement scientifique », dont le programme vient d’être quelque peu modifié en 2023 par le Conseil Supérieur des Programmes (CSP).

Former des citoyens éclairés, un but clairement réaffirmé

Le Conseil supérieur des programmes a repris point par point le programme de 2020 en prenant en compte des constats sur l’expérience des trois années de son application. Respectant l’architecture initiale du programme, le conseil a ainsi réitéré les objectifs de sa première mouture.

À quoi doit servir l’enseignement scientifique ? Certainement pas à inculquer un savoir encyclopédique à des élèves dont beaucoup n’auraient que faire. Les sciences sont présentées dans le document comme un moyen de comprendre le monde dans lequel on vit. De manière à éveiller les élèves à cet aspect essentiel, l’enseignement de ces matières doit contribuer :

À faire de « chaque élève une personne lucide, consciente de ce qu’elle est, de ce qu’est le monde et de ce qu’est sa relation au monde »,
À faire des « élèves des citoyens responsables, qui connaissent les conséquences de leurs actions sur le monde et disposent des outils nécessaires pour les analyser et les anticiper » ;
Au « développement en chaque élève d’un esprit rationnel, autonome et éclairé, capable d’exercer une analyse critique face aux fausses informations et aux rumeurs ».

Plus qu’un savoir technique, l’enseignement scientifique est donc prioritairement une « humanité » qui contribue à faire des élèves les citoyens éclairés dont notre société et le monde ont particulièrement besoin. Cet enseignement doit les armer suffisamment pour qu’ils sachent répondre aux défis auxquels les sociétés humaines sont aujourd’hui exposées.

Des objectifs pédagogiques inchangés

La traduction de cette ambition passe par la définition de trois objectifs de formation, soutenus par quelques suggestions pédagogiques.

Trois objectifs de formation

Les membres du Conseil supérieur des programmes précisent l’approche avec laquelle les enseignants peuvent chercher à atteindre les buts préalablement définis. Les trois objectifs de la version de 2020 sont reconduits à l’identique.

Les élèves doivent « comprendre la nature du savoir scientifique et ses méthodes d’élaboration ». L’acquisition de quelques savoirs de bases s’effectue ainsi en parallèle d’une prise de conscience et d’une compréhension de la production de ces savoirs : comment s’élabore une vérité scientifique ?

Pendant l’année de Terminale, les lycéens travailleront à « identifier et mettre en œuvre des pratiques scientifiques » en les explicitant. Cette démarche facilite la prise de conscience de leur nature.

Enfin, l’enseignement scientifique est pensé pour « identifier et comprendre les effets de la science sur les sociétés et l’environnement ».

Des suggestions pédagogiques

Ce programme théorique est adjoint de cinq recommandations pédagogiques destinées à en faciliter la mise en œuvre. Sur ce point général, de nouveau, pas de changements par rapport à 2020 :

Un enseignement en prise avec le réel complexe,
Une place particulière pour les mathématiques,
Une place réservée à l’observation de l’expérience en laboratoire,
Une place importante pour l’histoire raisonnée des sciences,
Un usage explicité des outils numériques.

Les trois thèmes de 2020 évoluent en douceur

L’architecture détaillée du programme d’enseignement scientifique n’a que très peu bougé. Ce sont les trois grands thèmes fondamentaux qu’enseignants et lycées vont défricher de concert :

Science, climat et société,
Le futur des énergies,
Une histoire du vivant.

Thème 1 : Science, climat et société

Il n’échappe à personne que la situation de notre planète est très préoccupante. Le réchauffement climatique, la pollution généralisée, l’épuisement de nombreuses ressources sont, pour beaucoup, des conséquences des activités humaines. La révolution industrielle, directement issue des progrès scientifiques, en a marqué l’accélération brutale. Ce premier thème porte ainsi sur le fruit des interactions complexes entre l’atmosphère terrestre et d’innombrables éléments naturels ; de la naissance de la vie à l’impact délétère des gaz à effets de serre, le programme aborde :

L’atmosphère terrestre et la vie
La complexité du système climatique
Le climat du futur

Au travers d’apprentissages scientifiques et d’expériences concrètes, ce programme incite plus qu’en 2020 à évoquer le climatoscepticisme et à travailler sur les biais de raisonnement. La confrontation entre la méthode, le savoir scientifique et les assertions fallacieuses est ainsi un axe majeur de cette partie. On notera quelques autres petites évolutions, comme le déplacement du cycle biogéochimique réintégré dans le thème 2 sur le futur des énergies ou l’introduction de la notion d’artificialisation des sols dont les conséquences sont étudiées en détail.

Dans l’ensemble, cette première thématique reste fidèle au programme initial et permet d’aborder un enjeu sociétal et environnemental majeur au travers de différentes disciplines scientifiques, physique, chimie, mathématiques ou encore sciences de la vie et de la Terre.

Thème 2 : Le futur des énergies

Alors que la consommation d’énergie a joué un rôle majeur dans le développement des sociétés humaines, elle a également contribué à altérer durablement notre écosystème par l’exploitation de combustibles fossiles. L’objectif de cette partie est de permettre aux élèves d’identifier les effets de nos consommations sur la production de gaz à effets de serre et de réfléchir aux moyens d’y remédier.

Un premier aperçu historique de la production d’électricité depuis le 19e siècle présente l’apport des sciences dans le développement de cette énergie, les avancées théoriques comme les découvertes expérimentales qui lui ont donné lieu. Si l’énergie électrique est aujourd’hui bien maîtrisée, sûre et accessible, sa production reste une question centrale compte tenu de la crise climatique. Le nouveau programme approfondit par rapport à 2020 l’étude de la production d’énergie sans combustion : éolien, nucléaire, panneaux photovoltaïques, géothermie ou piles à hydrogène sont ainsi au cœur de l’apprentissage.

Si l’optimisation du transport de l’électricité a disparu, le côté européen du réseau de transport d’électricité est désormais mis en avant. De même, sont introduits l’étude du développement de la voiture électrique, ainsi que la gestion des déchets des centrales nucléaires. Parmi les suggestions pratiques, les élèves pourront faire un bilan de l’empreinte carbone de leur établissement scolaire, puis proposer des pistes d’amélioration.

Thème 3 : Une histoire du vivant

Au travers des matières de sciences de la vie et de la Terre, le programme propose un large panorama du vivant, incluant tout ce qui concerne la biodiversité et son évolution, à l’heure de sa forte réduction. De même l’étude de l’évolution humaine, qui commence avec la paléoanthropologie et les fossiles, permettra aux lycéens de mieux comprendre d’où nous venons et quelles sont les méthodes scientifiques qui ont pu nous faire découvrir l’incroyable parcours humain, de la préhistoire à nos jours.

Toute cette connaissance amènera à faire réfléchir les classes à notre avenir, en particulier au regard d’une démographie toujours croissante. L’étude des modèles démographiques, élaborés à partir de formules et d’analyses fondées sur les mathématiques, est riche d’enseignement. Ils sont indispensables pour prédire l’évolution de la population humaine, et ainsi de prévoir la quantité nécessaire de ressources pour nourrir l’humanité.

Cette dernière partie se termine sur l’Intelligence artificielle. La définition de l’IA a manifestement évolué depuis la version 2019. À l’époque, il s’agissait d’un « ensemble de théories et de techniques traitant de problèmes dont la résolution fait appel à l’intelligence humaine ». Depuis, les innovations rendues publiques en la matière ont donné un nouvel éclairage à ce qui est devenu un « processus par lequel un algorithme évalue et améliore ses propres performances ». Les modèles génératifs, à l’image de ChatGPT, sont donc de la partie !

Après de nombreuses critiques survenues depuis l’application de la réforme des enseignements de spécialité, le tronc commun d’enseignements généraux, incluant ces enseignements scientifiques, résiste. Il est vrai qu’il est le garant d’un ensemble d’apprentissages fondamentaux. Son existence assure la pérennité de matières comme les mathématiques, la physique-chimie, la SVT ou les sciences informatiques qui ne sont plus accessibles qu’à celles et ceux qui les auront spécifiquement choisies. Très cohérent et en phase avec des problématiques et enjeux contemporains, ce programme revisité donnera aux enseignants du grain à moudre. Il offre aux élèves de vastes sujets de réflexion tout autant que les techniques nécessaires pour y répondre.

L’article « Le nouveau programme d’enseignement scientifique en Terminale générale » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Le nouveau programme d’enseignement scientifique en Terminale générale

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