C’est un débat récurrent lorsqu’on parle de l’école : le casse-tête des vacances scolaires. Pour certains, il y en a beaucoup trop, empêchant les élèves d’atteindre les niveaux requis et obligeant leurs parents à chercher des modes d’organisation compliqués. Pour d’autres, elles font partie de nos habitudes, sont un droit, et arrangent bien tous les professionnels du tourisme. Quant aux enseignants, ils souhaiteraient tout d’abord connaître les objectifs d’un éventuel raccourcissement des congés. Comme un volcan, ce sujet brûlant produit plus ou moins régulièrement des éruptions. En juin de cette année, c’est le Président de la République lui-même qui a provoqué un petit séisme. 

Trop de vacances scolaires, une « hypocrisie à la française » ?  

Lors d’une déclaration à Marseille le 27 juin 2023, le Président Emmanuel Macron est revenu sur cette question, accusant le trop-plein de vacances d’accroître les inégalités. Ne pas prendre ce sujet à bras-le-corps serait ainsi hypocrite, cachant sur le tapis ce que personne ne voudrait voir : la durée des vacances d’été laisse des enfants désœuvrés, souvent livrés à eux-mêmes. En miroir, le temps passé dans les établissements scolaires est trop court.

Résultat ? « On bourre les semaines de nos enfants. C’est parce qu’ils partent trop tôt — en vacances — et ont des vacances qui se sont allongées que vous avez… ces enfants qui arrivent crevés tous les soirs ». Traduction : il faudrait à la fois repenser les congés et « en même temps » le temps scolaire. 

Les vacances scolaires, cause potentielle du mauvais niveau des élèves défavorisés ? Il est tentant de comparer la situation française avec celle de quelques-uns de nos voisins européens.

Les vacances à la française ? Dans la moyenne internationale

Emmanuel Macron aime bien prendre l’exemple de l’Allemagne : « Comment font les Allemands pour avoir du sport l’après-midi ? Ils ont un temps scolaire réparti différemment dans l’année ». Nos voisins germaniques consacrent-ils moins de temps pour les vacances de leurs élèves ? Ce n’est pas si simple, on s’en doute.

Les vacances de fin d’année scolaire

Si l’on s’intéresse aux vacances de fin d’année scolaire, soit les vacances d’été chez nous, qui focalisent l’attention du Président, la France se situe dans la moyenne des pays européens. Avec 8 semaines de congés estivaux, ses élèves ont effectivement plus de temps libre à cette saison que :

Les Allemands (6,5 semaines)
Les Néerlandais, les Britanniques, les Danois (6 semaines)
Les Suisses (5 semaines)

Mais nos écoliers sont moins privilégiés que ceux d’autres pays proches :

La Belgique (9 semaines)
La Suède (11 semaines)
L’Italie et l’Espagne (12 semaines)

Les vacances scolaires au global

La réelle spécificité française serait plutôt à chercher du côté des autres vacances. Nous avons mis en place un principe de quatre coupures de l’année scolaire, chacune de deux semaines. Il s’agit de laisser aux enfants le temps de souffler à la mi-temps de chaque trimestre, mais aussi de respecter notre secteur économique du tourisme : les séjours à la neige ne peuvent s’effectuer que l’hiver.

Si l’on prend donc en considération l’ensemble des vacances scolaires, les Français sont en effet très loin devant la plupart de leurs voisins. Avec 16 semaines de congés scolaires chaque année, la France est tout juste devancée par la Suède (17 semaines). Si l’Italie et la Belgique la suivent de près (15 semaines), puis l’Espagne (14 semaines), l’Allemagne, le Royaume-Uni, Suisse et les Pays-Bas évoluent entre 11 et 12 semaines par an.

De là viendraient nos problèmes ? Un élément supplémentaire doit être pris en compte. 

 

 

Un volume horaire de cours important

Moins de jours de cours riment-ils avec moins de cours ? En réalité, pas du tout. 

Pendant les cinq années de primaire, les écoliers français suivent 4,320 heures de cours, plus que les 2 800 heures des petits Allemands et des petits Autrichiens. Nous sommes à quasi-égalité avec les Suédois (environ 4 200 heures), les Italiens (4 400), les Espagnols (4 500). Les Suisses (4700), les Belges (5 000) et les Néerlandais (5 500) nous dépassent. 

Au collège, au cours des quatre années du cursus, les élèves assistent en France à 3,850 heures de cours, plus que les collégiens d’Espagne (3 200), d’Italie (3 000), de Belgique (2 100), de Suède (2 600) ou même de Suisse (2 900) et des Pays-Bas (3 000). Les Allemands par contre passent près de 4 500 heures au collège. 

Les lycéens français passent eux plus de temps que leurs voisins dans les salles de classe, 720h par an (soit 2160h au total), contre 523h par an en Norvège, 592h par an en Autriche, 608h par an en Italie ou 610h par an en Allemagne. Les Pays-Bas sont à égalité avec la France avec 720h de présence en classe par an également. 

On le voit, il existe une certaine décorrélation entre le temps des vacances et le volume de temps scolaire. Certains pays ont beaucoup de vacances et moins d’heures de cours, d’autres font l’inverse alors que nous avons beaucoup de vacances et beaucoup d’heures.

La limite de ces comparaisons est qu’elles confrontent des chiffres qui n’ont pas forcément les mêmes significations. Les méthodes d’enseignement, le nombre de matières enseignées, l’équilibre entre le sport et les matières plus « intellectuelles », etc., diffèrent considérablement d’un pays à l’autre.

Et du point de vue des performances ? 

Il est toujours difficile de mesurer les performances d’un système d’éducation par rapport à d’autres. Un classement mondial, le classement PISA ou Programme international pour le Suivi des Acquis des Élèves, permet de s’en faire une idée. Même s’il est très imparfait, il permet de constater les piètres performances françaises.

Ainsi en 2018, la France se situait en 26e position sur les mathématiques, 25e sur les sciences et 24e sur la lecture. La quasi-totalité des pays européens voisins présentait de meilleurs résultats.

La raison de cet échec relatif semble principalement reposer dans la grande inégalité de nos résultats. Les élèves issus de milieux favorisés ont en effet de bons, voire de très bons résultats, alors que les enfants de milieux défavorisés sont très loin derrière.

On peut en conclure que notre système scolaire, loin de parvenir à réduire les inégalités, semble plutôt les aggraver. S’agit-il pour autant d’un problème de vacances et d’organisation du temps scolaire ? Rien n’est moins sûr, tant sont nombreux les facteurs pouvant déterminer la réussite d’un système éducatif.

Pour autant, si une réforme des vacances et du temps scolaire devait être engagée, quels pourraient en être les contours ?

Les pistes possibles pour raccourcir le temps de vacances

« Reconquérir le mois de juin, voire le troisième trimestre »

La volonté exprimée par le Président de la République devrait aboutir à raccourcir les vacances d’été. Or, avant d’entamer une réforme d’envergure, ne serait-il pas judicieux de commencer à rendre son opérationnalité au troisième trimestre ? En effet, l’année de Terminale qui prend fin en pratique dès le début du mois d’avril, compte tenu du rendu des notes des épreuves de spécialité. Mais dans les autres niveaux, la tenue des conseils de classe très tôt au mois de juin ou l’organisation des examens et du Brevet qui neutralisent les salles, tout semble fait pour une année raccourcie.

Il est vrai que travailler sur ce problème endémique n’est pas simple et impliquerait à lui seul une vaste réforme des études.

Raccourcir les vacances d’été : pourquoi ? 

L’idée d’un raccourcissement des vacances d’été repose sur une réalité : les enfants n’ont pas accès aux mêmes environnements culturels lorsqu’ils se trouvent hors de l’école, ceci pouvant accroître les inégalités. 

Toutefois, de nombreux experts estiment que cela ne résoudrait pas réellement le problème. C’est une question de ressources : il faudrait privilégier l’accompagnement individualisé des élèves fragiles ou en difficulté, souvent issus de milieux défavorisés. Il conviendrait de mieux réfléchir en termes de qualité plutôt que de quantité.

Réaménager les journées de cours

Il est vrai que les journées des élèves français sont parmi les plus chargées et qu’un allègement serait le bienvenu. Celui-ci pourrait ainsi s’inscrire dans une diminution de la durée des vacances.

Ici encore, pour qu’une telle réforme porte ses fruits, on retrouve le problème des moyens. Alléger les horaires et gagner quelques semaines de cours à effectif d’enseignants constant risquerait de ne produire que peu d’effets. Sans compter l’organisation à prévoir pour proposer aux élèves des activités pendant les temps gagnés sur la journée.

Notre système éducatif paraît aujourd’hui en mauvaise passe : enseignants stressés, fatigués par des réformes successives et démotivés, déficits de recrutements, revalorisation décevante. Si le débat sur les vacances scolaires mérite qu’on s’y arrête, leur raccourcissement, voire le réaménagement du temps de travail, ne serait pas une solution à la hauteur des enjeux : la réduction des inégalités scolaires ne peut reposer que sur des investissements massifs. 

L’article « Les vacances scolaires en France sont-elles vraiment trop longues ? » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Les vacances scolaires en France sont-elles vraiment trop longues ?

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