La réforme de l’accès aux études de santé partait d’un constat partagé par tous les acteurs, en traçant des pistes consensuelles : améliorer l’accès à la médecine, proposer une deuxième chance, faire voler en éclat un numerus clausus responsable d’une crise des professions de santé… Cependant, depuis son application en 2020, quelques mauvaises expériences sont venues régulièrement en ternir la mise en œuvre. En témoigne la mésaventure d’étudiants en Licence Accès Santé de l’Université de Toulouse cette année.

Les faits : un gros stress pour une vingtaine d’étudiants en médecine

Les faits concernent des étudiants en première année de Licence Accès Santé et plus précisément ceux qui avaient choisi une majeure en Droit. À l’issue des épreuves d’admissibilité, une vingtaine d’entre eux avait obtenu des notes satisfaisantes qui leur donnaient un accès aux épreuves orales d’admission en études de médecine.

À la veille des oraux, ils reçoivent pourtant un message d’ajournement : leurs notes ont été revues à la baisse et ils ne sont plus admissibles. Pour des étudiants ayant travaillé de façon acharnée tout au long de cette année afin de décrocher une place dans une formation très convoitée, c’est plus qu’une douche froide.

Certains développent des idées suicidaires, pendant que la plupart sont tout simplement découragés et totalement démotivés. La décision paraît d’autant plus absurde que le nombre total des candidats était inférieur au nombre de places disponibles. Cette décision a généré un tourbillon de confusion et de mécontentement, remettant en question la transparence et l’équité du processus d’évaluation.

À la suite de plaintes et de recours multiples des étudiants comme de leurs parents, l’affaire a rapidement été médiatisée. Est-ce la raison pour laquelle l’université est revenue sur son classement ? Sans reconnaître la moindre erreur, elle a remonté les notes des candidats à leur niveau initial, les autorisant à passer les oraux d’admission aux études de santé. On imagine également la difficulté de concentration de ces élèves, secoués par leur aventure et amenés à préparer les oraux au dernier moment.

Cela interroge évidemment sur le sérieux des notations et de l’application du principe de « lissage » des notes. Effectué en toute opacité, s’agit-il simplement d’une maladresse de la part de l’Université de Toulouse ? Ou cela dénote-t-il une réelle fragilité dans l’architecture même de la LAS ?

Un effet certain de la réforme des études de santé

Afin de traiter de manière radicale le problème du recrutement des professions de santé, la réforme de l’accès au premier cycle des études de médecine en a profondément modifié l’architecture. Deux nouvelles voies d’accès sont venues remplacer la filière unique antérieure.

La suppression de la PACES et l’introduction de deux filières

Adieu la PACES !

La PACES, ou Première Année Commune aux Études de Santé, était de plus en plus critiquée pour son environnement ultra-compétitif et son taux d’échec impressionnant. Unique voie pour entrer en deuxième année, elle permettait de maîtriser le numerus clausus. Celui-ci avait été mis en place en 1971 pour limiter et maîtriser le nombre de médecins formés.

Le PACES remplissait son rôle de concours : pas un étudiant de plus que le nombre de places permises ne pouvait envisager de revêtir un jour la blouse blanche du praticien. Adapté aux besoins du pays pendant plusieurs décennies, ce système a nourri plus récemment la crise du système de santé. Sa suppression, presque unanimement demandée, a marqué un tournant majeur, posant les fondations d’un processus plus inclusif et plus large, mais également plus complexe.

Le PASS

Le PASS, ou Parcours Accès Spécifique Santé, peut être considéré comme la « voie royale » pour faire médecine. C’est une réinterprétation de la PACES : pendant cette année, les étudiants préparent l’examen d’accès aux filières MMOPK, mais choisissent également une autre discipline en mineure. S’ils échouent, il leur est plus facile de s’orienter vers des études en rapport avec cette matière ou de se réorienter dans une LAS pour avoir une seconde chance.

La LAS

La LAS est la vraie nouveauté de la réforme. Elle incarne un changement radical, offrant aux étudiants la possibilité d’étudier la médecine tout en se plongeant dans d’autres disciplines éloignées de la santé. De fait, ils choisissent :

une majeure parmi une cinquantaine de matières disponibles, comme Sciences de la Vie et de la Terre, Physique Chimie, mais aussi Sciences Humaines ou, comme dans le cas présent Droit
une mineure Santé

L’idée est que l’étudiant pourra tenter l’admission en MMOPK à l’issue de la LAS. S’il échoue, il pourra continuer son cursus autour de sa matière majeure.

En fin d’année de LAS, l’étudiant pourra intégrer la filière santé MMOPK si et seulement si :

Il a validé sa première année de licence,
Il a validé sa mineure santé,
Il est suffisamment bien classé pour accéder aux études de santé : un quota de places est en effet réservé aux étudiants de LAS dans chaque université de médecine.

De plus cette approche multidisciplinaire permet de produire des professionnels de santé dotés d’une perspective plus large, capables de relier les implications médicales aux contextes sociaux, économiques, juridiques, etc.

Le problème toulousain : un lissage des notes en LAS défavorisant les majeures en droit

La LAS permet aux jeunes encore incertains de leur vocation de commencer des études supérieures en se laissant au moins deux possibilités : poursuivre sur leur majeure, ou plonger dans les études de santé. Mais elle a également introduit une complexité nouvelle dans la sélection des étudiants en médecine.

La LAS, une voie plus facile pour faire médecine ?

Il est tentant de percevoir la LAS comme une alternative plus facile que la PACES ou le PASS pour intégrer Médecine, mais est-ce vraiment le cas ? Si les universités de santé réservent un nombre de places pour les étudiants de LAS, celles-ci demeurent minoritaires par rapport aux possibilités offertes à ceux qui font le PASS.

Pour ceux qui souhaitent ardemment bifurquer en médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie doivent soit exceller à la fois dans sa majeure et dans sa mineure, soit passer une année aussi intense et difficile que le PASS.

À Toulouse, un lissage des notes défavorable à la majeure Droit

Ce qui s’est passé à Toulouse vient de la complexité à faire la part des choses entre majeure et mineure. Manifestement, les étudiants « sanctionnés » par la décision de baisser leurs notes, avaient bien réussi leur examen. Leurs notes de majeure en Droit comme de mineure Santé étaient supérieures à la moyenne et leur donnaient donc en théorie un accès à l’oral d’admission en médecine.

C’était sans compter la pratique d’un « lissage » des notes. En effet, en LAS comme on l’a vu, les étudiants peuvent choisir les majeures qu’ils souhaitent. En fin d’année, qu’ils aient choisi Mathématiques, Psychologie ou Droit, ils doivent être évalués sur un plan d’égalité. Comment prendre en compte la possibilité qu’il y ait des majeures « plus faciles » et donc risquer d’avantager certains candidats ? Tout simplement en « lissant » les notes : celles-ci sont ajustées en fonction de la moyenne générale de la matière et de la moyenne des autres majeures.

Le petit scandale toulousain est issu de cette pratique. Il semble que l’épreuve de Droit en LAS 2023 à Toulouse ait été très proche de celle proposée l’année précédente. Les étudiants ayant travaillé sur les épreuves des années précédentes pour préparer leur examen ont donc tous eu, en toute logique, de très bonnes notes à cette majeure. Le principe du lissage fait qu’une bonne note dans une matière avec une bonne moyenne générale est revue à la baisse, alors qu’une bonne note dans une majeure dont la moyenne globale est faible va être revue à la hausse.

Ceux qui avaient choisi la majeure Droit ont donc perdu des points. Sauf que si l’on comprend bien le principe du lissage, son application reste éminemment opaque. Quelle est la base exacte du recalcule, comment est calculé le nombre de points retirés… ? L’université s’est défendue de toute erreur et a prétendu appliquer une méthode scientifique. N’est-on pas en droit de s’interroger sur l’équité d’une telle pratique ? En cherchant à réduire les injustices n’en introduit-on pas de nouvelles ?

Un système à revoir ?

Ce n’est pas le premier souci résultant de la réforme des études de santé. Un rapport sénatorial de 2021 faisait déjà état de nombreux dysfonctionnements. Jugeant que « malgré de bons fondamentaux, la réforme avait été trop vite appliquée, insuffisamment préparée et pas assez pilotée », la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du sénat demandait de nombreux ajustements.

Faut-il alors s’interroger sur la pertinence de conserver un tel système bicéphale ? Si les intentions étaient claires et saluées par tous, les difficultés rencontrées n’invalident-elles pas les avancées attendues ? Et s’il est impossible de préserver une équité entre les candidats des deux voies et, au sein de la LAS entre les majeures, ne vaut-il pas mieux repenser une fois encore le mode de sélection ? Car ce système semble produire un certain ressentiment et beaucoup d’incompréhension.

Sans aller jusqu’à la remise en cause de la réforme, il semble urgent que ses architectes se penchent urgemment sur une sensible amélioration des règles du jeu. Au cœur des questions à trancher :

la détermination du nombre de candidats de LAS admis en MMOPK par rapport à ceux venant du PASS : sur quelle base se fait-elle ? Chaque université ne devrait-elle pas justifier ses choix ?
la question de l’équité entre les différentes majeures. Faut-il conserver le principe du lissage des notes ? Et si oui, la transparence de la méthode et sa standardisation sur tout le territoire ne sont-elles pas des impératifs ?
le nombre des possibilités de choix de majeures…

Nul doute que la mésaventure toulousaine doit être prise très au sérieux, au risque de discréditer à terme une réforme déjà bien fragilisée.

L’article « Polémique sur le lissage des notes à la Fac de Médecine de Toulouse » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Polémique sur le lissage des notes à la Fac de Médecine de Toulouse

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