La réforme des études de santé mise en place en 2020 a été contestée dès son annonce et reste très critiquée malgré trois années de rodage. De nombreux couacs font chaque année la Une des journaux régionaux : problèmes d’organisation, lissage de notes aux effets mal contrôlés, oraux de sélection des étudiants en liste complémentaire peu concluants… Voici une nouvelle expérience traumatisante dont se serait bien passée une étudiante en PASS et qui ne contribuera pas à calmer les esprits : à cause d’une absence justifiée à l’examen de sa mineure de sport, elle a été recalée malgré de très bons résultats en majeure santé. C’est une nouvelle fois l’université de Toulouse qui a été le théâtre de cette déconvenue.

La très mauvaise surprise d’une étudiante en PASS recalée pour une épreuve de sport

Dans le monde universitaire, certaines histoires résonnent davantage que d’autres. Celle-ci est édifiante. Imaginez une étudiante brillante, ambitionnant depuis longtemps de faire des études de médecine. Elle entre en année de PASS, et en fin d’année se retrouve sixième de sa promotion sur 172 étudiants. Sa moyenne de 16,5 est impressionnante et devrait la mettre à l’abri d’une mauvaise surprise pour la suite.

C’est sans compter avec la nature même du PASS : s’il est focalisé sur une majeure « santé », il exige que l’on choisisse également une mineure. Notre étudiante, peu motivée par d’autres matières que celles concernant la santé, a dû faire un choix presque au hasard. Comme elle « aime la course à pied et pratique un peu de musculation », elle a opté pour une mineure Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps). Sans conviction, par pure obligation de choisir une matière, dont elle ignorait même, à ce moment, l’investissement que cela demandait.

Est alors venue s’ajouter la malchance. Des raisons de santé l’ont empêchée de se présenter à l’épreuve sportive du PASS. Et le certificat de son médecin, présenté aux autorités, n’y peut rien : elle récolte un zéro. Comme ses résultats à l’épreuve théorique sont moyens, sa note globale de mineure culmine à 6 sur 20, là où il lui fallait un minimum de 10 pour passer en seconde année. Intraitable, l’université la recale.

Cette décision qui s’apparente à un coup de massue devrait, dans la logique du PASS, la conduire à poursuivre ses études en Staps. Une absurdité, compte tenu de ses compétences et de ses souhaits d’orientation professionnelle. Cela l’a conduite à entamer une procédure de recours.

La réforme des études de santé une nouvelle fois fragilisée

Cette histoire ravive les critiques et les inquiétudes croissantes autour de la réforme des études de santé de 2020. Initialement conçue pour diversifier le recrutement en médecine et offrir de nouvelles opportunités aux étudiants, celle-ci reste en partie bancale.

Les études de santé depuis 2020

L’ambition de la réforme était triple. En finir avec le numerus clausus, en partie responsable du manque croissant de professionnels de santé sur le territoire ; éviter aux étudiants de perdre deux ans (l’année de PACES + un redoublement éventuel) avant de repartir à zéro lorsqu’ils n’étaient pas admis au concours ; permettre une diversification des profils des candidats. Les étudiants souhaitant poursuivre des études médicales sont confrontés à un choix entre deux voies principales : le PASS et la LAS. Mais que signifient-ils vraiment ?

Le Pass, la voie « royale »

La disparition de la PACES a laissé place à deux voies alternatives pour intégrer les études de médecine. Aux étudiants les plus déterminés à poursuivre une carrière en santé, l’année de PASS, Parcours Spécifique Accès Santé, remplaçant assez proche de la PACES. La différence principale est qu’à côté de la majeure santé, les élèves doivent également suivre une mineure parmi de nombreuses matières : droit, économie, sciences, mathématiques… Ou sport comme à Toulouse. Le redoublement étant interdit, les recalés aux études de médecine (MMOPK : médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie, kiné) en fin de PASS peuvent se rabattre sur une seconde année d’études sur leur mineure, et poursuivre ainsi un cursus complet. Mais ils peuvent aussi choisir d’intégrer une LAS, licence accès santé.

La LAS, la seconde voie

À ceux qui sont moins sûrs de vouloir ou de pouvoir entreprendre des études de médecine, la Licence Accès Santé ouvre d’autres perspectives. La première année de LAS repose sur une majeure hors Santé et une mineure santé, soit le principe inverse du PASS. En fin de première année de LAS, l’étudiant peut candidater en MMOPK :

s’il a au moins 10/20 dans la majeure et dans la mineure santé
s’il valide son année sans passer par les rattrapages
et s’il n’a pas de note éliminatoire

Il pourra intégrer les études de médecine soit directement, soit après avoir passé un oral d’admission.

Une sélection drastique

Le remplacement du numerus clausus par un numerus apertus tout comme l’ouverture de deux filières n’ont pas sonné la fin d’une sélection très exigeante. En effet, en 2022, seul un étudiant inscrit en PASS ou en LAS sur quatre a pu intégrer une filière santé : le taux de réussite était de 28 % en PASS et de 18 % en LAS.

Les critiques sur la réforme

Les principales critiques sur la réforme portent sur trois points :

La disparition du numerus clausus est essentiellement un effet d’annonce, les moyens affectés aux universités ne permettant pas d’augmenter le nombre de places, tout juste de lisser les recrutements sur plusieurs années
La crainte d’une baisse du niveau de connaissance des étudiants en médecine : en particulier ceux venus de LAS auront acquis environ le quart des connaissances travaillées par les étudiants de PASS. D’où de grandes difficultés à suivre le programme pour ceux qui accèdent aux études de MMOPK.
Point central des critiques : bien loin d’alléger le bachotage effréné qu’induisait la PACES, PASS comme LAS infligent aux étudiants un double cursus exténuant, soit plus de connaissances à intégrer en une seule année.

Les questions que pose cette nouvelle affaire

Derrière l’histoire de l’étudiante toulousaine se cachent des questions de fond sur l’efficacité, l’équité et la logique du système actuel. En l’occurrence, on peut s’interroger sur les deux éléments centraux qui ont conduit à ce dysfonctionnement.

La pertinence des mineures en PASS

Cela faisait partie des critiques émises dès l’annonce de la réforme. Avec l’ajout des mineures, la charge de travail des étudiants de PASS semble s’être accrue, faisant de cette année un véritable parcours du combattant. D’ailleurs, l’étudiante recalée, dans l’hypothèse improbable d’une autorisation de redoublement en rejetait l’idée : « je ne sais pas si j’aurais encore l’énergie de me lever tous les jours pour travailler mon concours ».

Au-delà de cette surcharge de travail, on peut se demander s’il est pertinent d’ouvrir la mineure à tant de disciplines si éloignées des études de santé. Le cas de notre étudiante fait naître des inquiétudes sur le processus de sélection et la cohérence des mineures proposées. Ne pourrait-on, a minima, faire une liste des disciplines en rapport avec l’univers plutôt scientifique du PASS ?

Une organisation trop décentralisée ?

L’absence d’une norme uniforme est un sérieux problème. On ne trouve pas la discipline sportive dans toutes les universités, chacune ayant la possibilité de proposer les matières de mineures qu’elle souhaite.

De plus, chaque université établit ses propres critères et coefficients, conduisant à une multitude de règles du jeu souvent opaques. Cette décentralisation, loin de faciliter le processus, amplifie l’anxiété des étudiants qui s’inquiètent de ne pas pouvoir poursuivre les études de MMOPK pour des raisons souvent jugées arbitraires. Cela contribue à une multiplication des « couacs » :

lissage de notes invalidant injustement l’accès d’étudiants de LAS aux études de médecine,
admission sans autre formalité des « meilleurs » étudiants de LAS en MMOPK : les critères de « grande admission » sont peu clairs et diffèrent d’une université à l’autre,
épreuve orale pour départager les étudiants en liste complémentaire : en 10 minutes, sur des sujets n’ayant pas trait à la médecine, son aspect très subjectif interroge également…

Après que l’incident a été largement couvert par les médias, l’université a pris des mesures pour réintégrer l’étudiante, créant même une place supplémentaire pour elle. Mais au-delà de ce cas individuel, les questions demeurent. L’introduction de ces mineures est-elle la bonne approche ? Les universités ont-elles trop de liberté dans la définition des critères de sélection ? Et, plus globalement, n’est-il pas temps de revoir en profondeur l’architecture d’une réforme aux bonnes intentions, mais cumulant, manifestement, de trop nombreux écueils ?

L’article « À Toulouse, une étudiante en médecine recalée pour un zéro en sport » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : À Toulouse, une étudiante en médecine recalée pour un zéro en sport

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