Notre système scolaire public est dans une mauvaise passe, plus personne ne le conteste aujourd’hui. Réformes qui s’enchaînent un ministre après l’autre, effectifs des classes très nombreux dans le secondaire, manque de moyens matériels, inégalité croissante entre établissements de quartiers aisés et collèges et lycées de zones défavorisées, etc. La situation mérite un réinvestissement de la puissance publique et des mesures adaptées, loin de contingences politiques à court terme. Ce que l’on découvre jour après jour ne fait qu’en confirmer l’urgence. En témoignent en particulier des recrutements effectués à la va-vite, propulsant de nouvelles recrues devant les élèves sans qu’elles n’aient jamais eu la moindre formation.

Le manque de candidats aux concours de professeurs pousse à l’embauche de contractuels

Est-ce un signe de la fragilité de notre système d’éducation ? L’Éducation nationale peine de plus en plus à séduire de nouvelles vocations. Et les solutions mises en avant reposent plus sur un caractère d’urgence que sur le rétablissement d’une politique ambitieuse pour l’éducation.

Un manque d’attractivité du professorat conduit à une désaffection des candidats aux concours

La dévalorisation du métier d’enseignant est devenue un sujet de préoccupation majeure. Le Pacte enseignant, destiné à valoriser la profession, peine pour le moment à enrayer cette tendance. Les enseignants voient en effet leur profession soumise à de nombreuses pressions : conditions de travail difficiles, rémunération peu attractive, succession de réformes déstabilisantes, absence de perspectives d’évolution… Ces réalités conduisent nombre d’entre eux à envisager d’autres voies professionnelles, expliquant en partie la désaffection observée lors des concours comme le CAPES ou l’agrégation.

En 2022 par exemple, pour le seul CAPES externe, le déficit est devenu abyssal ou presque. Sur 1035 postes soumis au concours en mathématiques, 478 n’ont pas été pourvus, soit près de la moitié. Les chiffres sont encore plus alarmants en lettres classiques ou en allemand (respectivement 60 % et 72 % de postes vacants).

Si l’on prend dans son ensemble l’enseignement du premier et du second degré, ce sont chaque année près de 17 % de postes qui ne trouvent pas d’enseignants passés par un concours public. Face à une telle débâcle, le seul moyen actuellement utilisé par les pouvoirs publics est de recruter des non-diplômés de l’enseignement.

Le statut de contractuel, qu’est-ce que c’est ?

Face à cette situation, le recours à des personnels recrutés en dehors des concours publics s’est généralisé. Tous degrés confondus, ils sont chaque année plus de 60 000 à occuper des postes vacants.

Écoles, collèges et lycées publics voient ainsi nombre de « contractuels » prendre la responsabilité de classes de toutes matières. Le statut de contractuel reste assez précaire : il s’agit d’un contrat à durée déterminée pour une année scolaire ou moins, et qui peut être reconduit, selon les besoins. On peut être contractuel à temps plein ou à temps partiel.

La reconduction du contrat ne peut excéder six ans. À la fin de cette période, soit on propose au contractuel un contrat à durée indéterminée, soit il doit cesser d’exercer. C’est un statut bien évidemment moins intéressant que celui des titulaires. Au titre des désavantages :

Un salaire inférieur, dépendant de son niveau de diplôme : un Bac+2 peut prétendre à un salaire mensuel à plein temps de 1750 € brut, un Bac + 3 à 1800 € brut. À comparer aux 2050 € bruts d’un titulaire capésien en début de carrière
Une mise à disposition qui peut conduire le contractuel à changer d’établissement tous les ans, voire même en cours d’année
L’absence de garantie de voir son contrat reconduit

Par contre, l’accès à la fonction d’enseignant contractuel de l’Éducation nationale est, lui, beaucoup plus facile que pour les titulaires.

Signalons que, dans l’enseignement privé, on parle d’enseignants « suppléants », également contractuels et bénéficiant de contrats proches de celui des contractuels publics, à un détail près : une rémunération — encore — plus faible (1600 € brut mensuels).

Des contractuels non formés affrontent leur première classe quelques jours après avoir été recrutés

Les conditions de recrutement des contractuels ainsi que les conditions pratiques d’exercice de leur métier posent quelques questions sur la capacité de l’Éducation nationale à suppléer sérieusement le manque croissant de professeurs titulaires. De nombreux témoignages de contractuels en exercice ou en rupture de ban viennent alimenter des interrogations sur la validité de ce modèle « palliatif ».

Des procédures de recrutement variables et parfois bien légères

Il n’existe pas de dispositif bien cadré pour être recruté en tant que contractuel à l’Éducation nationale. Certains transmettent leur candidature au rectorat, d’autres se voient proposer une mission par Pôle emploi. Mieux, certaines académies postent leurs offres d’emploi sur Leboncoin, d’autres comme celle de Versailles en 2022, organisent même des « job dating » sur le modèle du speed dating : quiconque dispose d’un diplôme Bac+3 ou plus peut participer et rencontrer des recruteurs. En cinq minutes, l’affaire est — ou n’est pas — conclue !

Il semble que les seuls prérequis pour devenir enseignant contractuels soient les suivants :

Disposer d’un diplôme de niveau Bac+2, Bac+3 ou plus
Présenter des conditions d’aptitude physique exigées pour l’accès à la fonction publique
Et n’avoir aucune mention inscrite au casier judiciaire qui soit incompatible avec l’exercice de ses fonctions

Nul besoin d’avoir déjà enseigné ou suivi une formation en ce sens.

Une fois la candidature déposée sur le site du rectorat ou auprès d’un recruteur, il est bien difficile de comprendre sur quels critères précis tels candidats sont choisis ou recalés.

Des exemples nombreux de recrutements express

Il n’est pas difficile de faire parler des contractuels de leurs conditions de recrutement. Certains, plusieurs années plus tard, en restent encore stupéfaits. C’est le cas de Leila, par exemple : après avoir longtemps travaillé comme chargée d’affaires dans une banque, elle a quitté son emploi et s’est inscrite à Pôle emploi. Cela lui a permis de répondre à une offre d’enseignement d’anglais en lycée. Du jour au lendemain, sans entretien ni vérification de ses compétences en anglais, elle est recrutée pour un remplacement. Et dès le lendemain, elle commençait au lycée avec une certaine anxiété : elle ignorait la classe et le niveau dans lesquels elle allait enseigner.

Des exemples de ce type ne sont manifestement pas isolés. Dans chaque académie, on trouve des Marion. En effet, cette Bretonne passée par Sciences Po Rennes et titulaire d’un Master 2 en politique éditoriale a posé sa candidature auprès du rectorat de Nantes en 2020. Quelques jours plus tard : « j’ai reçu un appel un mardi à 18 h 30 pour commencer le mercredi matin dans un lycée professionnel et enseigner l’histoire-géographie et les lettres ». Elle précise elle aussi n’avoir passé aucun entretien préalable et bien sûr n’avoir pas été « briefée » sur ses classes, les manuels, le programme d’enseignement…

Au-delà du caractère pour le moins désinvolte de ces recrutements à l’emporte-pièce, cela interroge sur leur sérieux et sur la considération que les institutions portent à ces contractuels « bouche-trou ».

Un manque d’accompagnement des contractuels

Si les professeurs titulaires vivent de plus en plus difficilement leur condition de professeurs, confrontés à une image dégradée, à des tensions avec les élèves et leur hiérarchie, à des conditions de travail et des salaires médiocres, ce que découvrent les contractuels est encore plus compliqué.

Tout d’abord, la plupart d’entre eux sont appelés du jour au lendemain pour commencer leur travail, sans la moindre formation. Venant souvent de milieux professionnels divers, ils n’ont reçu aucune sensibilisation à la pédagogie ni même, parfois, à la matière qu’ils sont censés enseigner. Le choc est impressionnant, il faut savoir improviser puis apprendre en solitaire, et rapidement, comment gérer une classe et lui apporter les connaissances requises.

L’Éducation nationale avance qu’elle a mis en place des formations spéciales. En réalité, seuls certains « chanceux » en bénéficient : deux jours avant d’attaquer son premier poste, puis éventuellement trois autres journées au long de l’année. Ceux qui ont pu en bénéficier en pointent le contenu bien trop incomplet. Qui n’a rien à voir avec les stages des titulaires débutants.

Une fois en charge d’une classe, de nombreux contractuels se heurtent à l’hostilité ou au mépris de leurs collègues titulaires et des chefs d’établissement. Loin de trouver en eux des aides précieuses pour progresser dans la pratique de leur métier, ils sont souvent confrontés à : un chef d’établissement qui ne les accueille pas le premier jour, des collègues refusant de donner des informations sur les manuels à utiliser, ou de discuter tout simplement des progressions et des cours… Les contractuels se sentent rarement les bienvenus. C’est pourquoi le turn-over est important.

Est-il possible d’améliorer le professionnalisme du recrutement de contractuels ?

Les éléments analysés plus haut portent un doute réel sur la capacité de contractuels non formés, venant d’horizons parfois peu en rapport avec la matière enseignée, à transmettre efficacement et correctement des savoirs spécifiques.

On peut cependant rappeler que des sous-statuts d’enseignants ne sont pas récents. Les « vacataires » sont en effet apparus dans les années 1970, alors que le système éducatif paraissait plus solide. Déjà, l’on se posait des questions sur la qualité des enseignements et sur les conditions de travail d’un nouveau corps de professeurs « au rabais ».

Toujours est-il que les conditions actuelles semblent bien plus brûlantes, risquant d’avaliser l’impression de mépris que de nombreux enseignants ressentent : le ministère de l’Éducation nationale est-il encore de leur côté ?

Face à cette situation, des solutions devraient être envisagées pour éviter cette dégradation du service public de l’éducation. Mais elles nécessitent toutes des moyens matériels importants que l’État semble bien en peine de rassembler.

Le problème essentiel repose sur l’absence d’attrait du métier d’enseignant : la procédure des concours est aujourd’hui boudée et les contractuels ne sont pas tous mus par l’amour de cette profession. Sa revalorisation si souvent demandée et si souvent promise reste jusqu’à présent au point mort. Or, plus longtemps on laissera notre école sans ambition, sans solution et sans moyens, plus le risque est grand de la voir encore moins désirable.

En attendant un hypothétique grand jour, l’urgence consiste à réintroduire des formations sérieuses auprès des nouveaux contractuels. Ce qui veut dire ne plus fonctionner à l’aveugle, au dernier moment, et permettre au contraire aux nouveaux recrutés d’acquérir les notions de base en pédagogie, voire dans leur matière. Il serait également nécessaire qu’ils bénéficient eux aussi d’une période de stage, qui les mette sur la bonne voie.

Peut-être pourrait-on également plaider pour des procédures de recrutement mieux cadrées et plus sérieuses ? Ainsi que sur une échelle de salaires plus attractive.

Enfin, les contractuels ont la possibilité de passer le CAPES en interne (et non le concours externe, sans doute plus difficile). Il serait bon de réfléchir à la manière de les inciter et de les aider à le faire pour gagner un statut pérenne et mieux payé.

Au Cours Thalès, tous les enseignants sont certifiés de l’Éducation Nationale ou agrégés. Ils sont recrutés pour leur expérience et leur passion. De plus, les élèves notent les professeurs après chaque stage afin de nous permettre de toujours nous améliorer dans notre pédagogie.

L’article « Comment peut-on devenir professeur contractuel en cinq jours ? » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Comment peut-on devenir professeur contractuel en cinq jours ?

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