Bien préparer les thèmes du Concours commun Réseau ScPo

Les deux thèmes de l’année 2024 sont « le corps » et « l’alimentation ». Ce dernier disparaîtra l’an prochain au profit d’un thème nouveau annoncé en juin 2024. L’épreuve est une dissertation de trois heures et le candidat compose sur l’un des deux sujets proposés.

Dans un premier temps, il s’agit bien de disposer de connaissances. À ce titre, beaucoup de candidats se trompent et se noient dans une, voire plusieurs bibliographies pour devenir des spécialistes des deux thématiques voire pire, d’une seule, puisque toute impasse est fatale (rappelons qu’un thème peut être présent dans les deux sujets proposés). À terme, des parties entières de copies proposent des monographies relatant des lectures fort intéressantes, mais déliées du sujet et in fine en parfaite digression, voire en hors sujet quand une simple mention dans un exemple bien travaillé et discuté aurait permis de faire progresser le propos démonstratif. En effet, cette « spécialisation » à propos d’un thème vaut pour les concours de Bac+2 en CPGE. Dès lors, qu’attend-on des candidats ? Ils doivent bien évidemment mobiliser des connaissances spécifiques, mais surtout, utiliser la culture générale acquise au travers des cours du Lycée : options, spécialités mais aussi troncs communs délivrent une culture générale qui est sous-estimée et qui doit constituer un pan essentiel à mobiliser pour analyser, argumenter, répondre.

Cette année est particulière et permet une ouverture encore plus grande aux sciences dites exactes et expérimentales à ce titre. Car si les régimes alimentaires, le food power, l’identité et le sensible lié au corps et à la corporéité des phénomènes en lien à l’Humanité sont particulièrement pris à bras le corps par bien des thèmes de sciences humaines et sociales et de littérature française comme étrangère, la science physique et la chimie ou les sciences de la vie et de la terre proposent de réfléchir dans des termes physiologiques, interrogent sur l’adaptation de l’Homme au changement global et à l’Anthropocène dans des termes complémentaires de ceux de la géopolitique ou de l’économie. Notons que tout ce qui a trait au corps fait l’objet de questionnements éthiques anciens (OGM, sélection par l’eugénisme…) ou nouveaux (transhumanisme) voire renouvelés (retour d’un certain malthusianisme qui encourage à ne pas faire d’enfant dans certains milieux de certaines générations…) qui sont autant de ponts entre la nature du corps et la chair physique d’une part et d’autre part le droit, l’économie, la sociologie.

Il faut donc bien préparer les thèmes dans la longue durée et c’est là le second écueil. Bien des vocations tardives cherchent, en autonomie, à « se gaver » de références et d’exemples qui ne pourront être digérés ou bien sélectionnés en un temps record. Certains peuvent y parvenir, la majorité non. Surtout, les premiers n’auront pas le temps de développer des réflexions abouties à même de lier démarche politique et sanitaire, économie et représentation religieuse du corps… La meilleure stratégie est donc de commencer en amont, en recherchant dans ses cours quelles références, quels auteurs, événements, faits ou phénomènes peuvent être reliés à ces thèmes et ce avec des notions et des concepts clés qu’il conviendra de mettre en avant dans la dissertation, voire de mettre au cœur de l’articulation d’une partie ou même d’un plan de réponse.

Rien ne vaut une sédimentation : le candidat recherchant dans ses cours d’histoire, de SES, HLP, de langue vivante et ce jusqu’en philosophie, en sport ou dans certaines spécialités pourra réellement commencer à réfléchir à partir des acquis de son lycée sur des liens entre corps disciplinaires variés pour répondre à une question précise. C’est l’interdisciplinarité qui est attendue par le correcteur et qui s’établit réellement dans une progression annuelle, voire pluriannuelle. C’est ce dernier obstacle que peu de copies surmontent, segmentant dès lors les dimensions économique, sociale, politique, sanitaire, religieuse… d’un objet de réflexion.

Mais surtout préparer l’épreuve

Le Concours commun demande au candidat de montrer sa capacité à maîtriser des connaissances au travers de compétences argumentatives, analytiques et d’expression dans un temps contraint.

Les Questions contemporaines exigent du candidat, puisqu’il s’agit d’un concours (où des Bac +1 provenant de CPGE ou de filières sélectives se sont préparés ardemment), de maîtriser mieux qu’à un niveau moyen l’analyse de sujet. Si au lycée, y compris dans le cadre des spécialités, généralement le « recrachage » de connaissances suffit pour une note convenable, il n’en est nullement question ici. Il faut savoir décortiquer littéralement le sujet proposé pour voir de quelle manière le thème doit être traité, quels angles doivent être mis en avant, lesquels doivent être laissés de côté. La problématisation, le cadrage conceptuel et notionnel de l’argumentation sont essentiels, sans quoi la copie ne sera que descriptive là où le concours recrute des candidats à même de trancher et décider à partir d’une analyse d’un environnement précis. Bien des candidats ne font que reprendre le sujet en lui adjoignant un point d’interrogation : cela ne peut suffire. La dimension rhétorique et analytique est donc éliminatoire dès l’introduction.

Notons que pour ce qui est des filières internationales, il s’agit même d’une épreuve de culture générale, où l’analyse du sujet prime encore plus.

La structuration du propos dès l’approche introductive est essentielle. Les définitions des concepts clés des programmes de Terminale, de Première ne peuvent être abordées qu’avec de simples synonymes qui par nature, ne peuvent que recouvrir une part de la signification du mot ainsi approprié. Le cadrage implique de passer par des auteurs-références qui font corps avec le sujet en ce qu’ils apportent un point de vue qu’il conviendra de discuter mais qu’il est impossible d’oublier. Comment penser la relation entre corps et politique sans passer par Michel Foucault ne serait-ce que rapidement ?

L’argumentation elle-même exige une rigueur plus grande dans le cadre de cette épreuve. Le « paragraphe – affirmation » qui discute peu les notions, les preuves ou le contexte, convoque une référence sans se l’approprier réellement et engendre un affichage superficiel de connaissances qui donne une image d’immaturité et d’inaboutissement de la réflexion. Par exemple, identifier rapidement sur le même plan maladie de Creutzfeld Jakob et parasites endémiques des pays tropicaux implique bien des raccourcis qui doivent être expliqués, sans quoi ils portent préjudice à l’élève composant. Savoir nuancer, faire progresser le propos, ne serait-ce qu’avoir des preuves précises, datées, chiffrées, référencées sans pour autant avoir un catalogue de citations qu’on applique à n’importe quel sujet est essentiel.

L’expression est discriminante. À l’écrit, bien des élèves sont démunis ne serait-ce que dans les accords les plus simples, sont pénalisés par un vocabulaire rudimentaire qui témoigne de leur faible appétence pour les livres, les documentaires… et la culture en général. Bien des correcteurs éliminent de 10 à 20% des copies du fait d’une introduction bien trop approximative du point de vue de la syntaxe, de l’orthographe, de la grammaire et depuis quelques années même du point de vue de la ponctuation ! Ce sont pourtant des règles simples ancrées depuis la petite école.

Dès lors, pour pouvoir manier les références en problématisant, en développant réellement les exemples et faits aux thèmes traités, pour ne pas bercer dans le hors-sujet ou juxtaposer des paragraphes en digression permanente, il convient de s’entraîner sur la dissertation – composition, et ce à un stade avancé, à un niveau supérieur que ce qui est demandé au niveau Terminale le plus généralement.

Nos atouts pour réussir l’épreuve de Questions Contemporaines

Les élèves sont confrontés presque pour la première fois, voire pour la première fois, à une véritable exigence d’autonomie, de maturité de réflexion, d’organisation et de travail. Pour certains, cela entraîne un besoin d’encadrement réduit, pour d’autres plus régulier.

La Prépa Sciences Po au Cours Thalès permet de préparer cette épreuve :

L’expression, l’enrichissement de la langue et de l’écrit sont travaillés dans un cycle progressif de deux années, dès la Première, dans l’optique du Bac anticipé de français mais aussi pour cette épreuve déterminante par son coefficient (le plus important du Concours commun)
Le travail de fichage et de réflexion sur les apprentissages du lycée à relier aux thèmes et aux sujets du concours est réalisé tout au long de l’année de Terminale, de sorte que les sujets traités par les candidats ne soient pas « étouffés » dans le périmètre « alimentation » ou « corps » mais pour faire de ces argumentations des moyens pour révéler des clés de lecture fondamentales de nos sociétés contemporaines, ce qui est bien là l’enjeu de l’épreuve
L’analyse, la problématisation, la réflexion sur les enjeux rhétoriques, savoir éviter un hors sujet font l’objet de cours et d’entraînements systématiques, seul ou en groupe, y compris dans le cadre d’exercices en autonomie sur la plateforme e-learning et ce dès la classe de Première
L’encadrement individuel permet, par des échangés ciblés, de percevoir les difficultés spécifiques de chacun pour lever toute difficulté particulière et les faire progresser dans ce qui leur résiste pour acquérir non pas un niveau moyen, mais une certaine excellence à partir d’un « bagage » culturel issu de leurs spécialités, leurs expériences… Car ces dernières peuvent tout autant être valorisées que des auteurs clés de la « culture Sciences Po » que nous inculquons tels que des Habermas, des Rosanvallon ou des Hegel
Le travail sur le paragraphe argumenté refait l’objet d’une révision méticuleuse pour passer de la description à l’analyse, à la nuance, à la progression des idées durant la classe de Première tout particulièrement
Les entraînements réguliers, par des concours blancs sont bien évidemment des moyens de se confronter à la réalité et de se jauger pour tracer une progression annuelle. Plusieurs membres de jurys sont correcteurs des concours blancs des Cours Thalès : ils peuvent ainsi donner une vision réelle de cette progression
L’analyse de l’actualité, les ateliers d’expression écrite et de techniques rédactionnelles viennent s’ajouter aux cours de Questions contemporaines pour pouvoir enrichir la culture générale et entraîner nos candidats à tisser des liens entre faits, acteurs, phénomènes : l’interdisciplinarité et l’agilité intellectuelle sont alors encouragées et deviennent naturelles pour ceux qui appliquent nos conseils et recettes

Enfin, ces confrontations permettent l’acquisition plus rapide d’un regard critique qui fait souvent défaut aux copies, ce que les correcteurs déplorent.

La dissertation de Questions contemporaines, loin d’être une épreuve difficile, exige d’être bien orienté, encadré et de gagner en maturité progressivement sous l’aile de ses professeurs et de nos enseignants au Cours Thalès. C’est une démarche de travail assidu mais payante quand elle est réellement effectuée avec sérieux.

Par Franck Jacquet, Professeur agrégé d’Histoire et Maître de conférences à Sciences Po Paris, Lille et Saint-Germain-en-Laye

L’article « Les Questions Contemporaines du Concours commun Sciences Po 2024 » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Les Questions Contemporaines du Concours commun Sciences Po 2024

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