Ce n’est pas encore un phénomène de grande ampleur. Mais, depuis plus d’une dizaine d’années, un nombre croissant d’étudiants français choisissent d’aller faire des études de médecine en Roumanie. On en compte actuellement plus de 2000. Un choix judicieux ? Ou une solution bancale de perdants qui cherchent à contourner le système français ? Loin de tous les préjugés qui frappent encore durement la Roumanie, il semble que la plupart de ces étudiants ne regrettent pas leur décision.

Pourquoi de nombreux étudiants français vont-ils faire leurs études de médecine en Roumanie ?

Les rigueurs du numerus clausus, éliminant nombre de candidats motivés aux études de médecine en France, en ont conduit certains à chercher d’autres voies pour réaliser leur vocation. La réforme des études de santé mise en œuvre en 2020 ne semble pas avoir eu un impact sur cette tendance.

Le numerus apertus n’a pas réellement rendu le concours de médecine plus accessible en France

Jusqu’en 2020, il existait un numérus clausus, limitant le nombre de places annuelles en études de médecine en France. Afin de lutter contre les effets dévastateurs de ce principe dans un pays en manque de médecins, la réforme de la PACES (Première année commune aux études de santé) a introduit de nombreux changements, dont les plus notables sont :

La création d’une seconde voie d’accès à la médecine : mise en place du PASS ou parcours d’accès spécifique santé, sur le même principe que la PACES, ou possibilité de passer par une L.AS (Licence accès santé)
L’abolition du numerus clausus au profit d’un numerus apertus

Dans les faits, les effets positifs ne sont pas encore visibles :

La complexité du nouveau système, exigeant le choix d’une mineure pour les étudiants de PACES, ou d’une majeure pour ceux de LAS, fait encore l’objet de “cafouillages” et a échaudé plus d’un étudiant
Le numerus apertus, qui donne presque toute latitude aux universités de médecine de recruter le nombre de candidats qu’elles décident, se heurte à une question de moyens. Sans moyens supplémentaires pour les filières santé, on constate que le nombre de places proposé n’a pas connu de réelle augmentation

Ainsi, le problème rencontré par les étudiants avant la réforme n’a pas fondamentalement changé. Comment devenir médecin dans un pays qui restreint encore drastiquement l’accès aux études de santé ?

Des facultés de médecine accueillantes aux étrangers

Depuis l’intégration de la Roumanie dans l’Union européenne, en 2007, il est possible aux étudiants français (et plus largement européens) d’y suivre des études et de passer des diplômes potentiellement validés dans leur pays.

Les efforts de certaines universités roumaines de médecine pour faire reconnaître leurs diplômes en Europe ont rapidement payé. C’est Cluj-Napoca, une ville transculturelle — seconde ville du pays, elle est située dans une zone comprenant de nombreux Roumains d’origine hongroise —, qui a ouvert le bal. Suivie peu après, par les villes également accueillantes et ouvertes de Iasi et de Timisoara.

Cluj-Napoca en particulier, offre des infrastructures, des logements et une vie étudiante qui ont très vite attiré des français motivés à devenir professionnels de santé.

Des études considérées comme sérieuses

Pour un étudiant français, l’intérêt de partir en Roumanie pour tenter la médecine est que les universités du pays ne pratiquent ni numerus clausus ni même numerus apertus. Avec un bon dossier, tout étudiant peut prétendre à suivre un cursus universitaire classique. Les étudiants passent des partiels à chaque fin de semestre et passent en année suivante s’ils ont la moyenne.

La qualité des études des universités de médecine roumaines a été dénigrée par des médecins français, scandalisés par la possibilité de contournement du système de la PACES. À cela on peut objecter que la notoriété des universités en médecine roumaines, en particulier celles de Cluj, est ancienne et jamais remise en cause.

De plus, le fait que leurs diplômes soient reconnus en Europe et valides pour exercer dans les pays de l’UE est une garantie importante.

Le coût de la vie est intéressant pour les français

S’expatrier à près de 2000 km de son pays d’origine pour suivre des études, est-ce raisonnable ? Depuis qu’existent les programmes Erasmus, les étudiants européens, et en particulier français, sont nombreux à passer une année ou plus dans des écoles et universités européennes.

Si les études de médecine en Roumanie ne font évidemment pas partie d’un programme Erasmus, le principe même de l’expatriation revêt un intérêt évident : une ouverture sur une autre culture, une expérience à l’étranger toujours utile dans un cursus.

De plus, le coût de la vie en Roumanie est nettement moins élevé qu’en France. C’est un facteur attractif pour les étudiants. Avec des vols low cost Cluj-Paris ou Beauvais d’une durée de 2 h 30, les retours réguliers dans leur ville d’origine ne sont pas un souci majeur.

Comment faire ses études de médecine en Roumanie ?

Un étudiant motivé, qui préfère ne pas se heurter aux difficultés du système français, ou qui souhaite une seconde chance, doit préparer son parcours en Roumanie. Formalités, diplômes, vie sur place… Voici les principaux éléments à retenir avant le grand saut.

Quelles sont les modalités d’inscription dans les facultés de médecine roumaines ?

Les facultés de médecine roumaines attirent par un processus de sélection moins compétitif comparé à la France. Si les procédures peuvent légèrement varier selon les universités, elles restent comparables.

Il faut déposer un dossier de candidature sur une plateforme propre à chaque université. Celui-ci doit comprendre :

Le diplôme du Baccalauréat
Un dossier de scolarité avec les notes de contrôle continu des années de Première et de Terminale (comme sur Parcoursup)
Des attestations d’identité
Une lettre de recommandation d’un professeur, un certificat de stage en hôpital ou une attestation de volontariat dans une association

Par ailleurs, de nombreux établissements demandent une évaluation de l’état psychologique du candidat, réalisée par un médecin généraliste.

Attention, compte tenu du succès de ces formations, il est nécessaire de déposer son dossier le plus tôt possible, généralement vers mars pour commencer son année universitaire en septembre. Les candidats intéressés doivent se renseigner très en amont, faire la comparaison entre les différentes universités, connaître leurs modes de recrutements et les dates d’ouverture des inscriptions.

Les frais de scolarité sont-ils prohibitifs ?

Parmi les petites musiques négatives que se plaisent à colporter les détracteurs des études en médecine en Roumanie pour les étudiants français, revient la question des frais de scolarité.

Il est vrai que les études publiques de médecine en France sont — presque — gratuites. Le coût moyen d’inscription en première année de médecine dans une université roumaine peut atteindre 6 000 à 7 500 €. C’est une certaine somme. S’agit-il pour autant d’une sélection par l’argent ? Plusieurs facteurs permettent d’en minimiser l’impact :

Ce coût est en partie compensé par des loyers et un coût de la vie moindres qu’en France
Une majorité d’étudiants en France suivent des cours et des formations privés pour se donner plus de chances de réussites, tant en PACES ou en LAS
Il existe des bourses françaises et roumaines qui sont éligibles pour ce type d’études

Le cursus de médecine en Roumanie est-il compatible avec le cursus français ?

Le cursus de médecine en Roumanie est largement compatible avec le système français, avec des programmes proches. Ainsi la première année d’études de médecine traite-t-elle, comme la seconde année en France (après la PASS) de manière assez générale des principales spécialités : anatomie, physiologie, histologie, biochimie, bioéthique, biologie cellulaire, biophysique, morphologie. Ainsi que plusieurs heures de roumain par semaine.

L’admission en deuxième année puis dans les années suivantes se fait sur deux séries d’examens. Souvent une matière est validée si, et seulement si, le candidat a obtenu au moins la moyenne. Dans le cas contraire, il faut passer une épreuve de rattrapage. Et si on échoue, c’est un redoublement.

Dès la quatrième année, des stages hospitaliers sont obligatoires. C’est pourquoi les étudiants doivent commencer à parler roumain. De plus, chaque année, les étudiants sont tenus de faire un stage dans un hôpital de leur pays d’origine.

Le programme étant très chargé, ces études demandent un fort engagement de la part des candidats. Sans la pression de la première année des études de médecine en France.

Très tôt dans le cursus, l’accent est mis sur la pratique.

Il faut savoir que, pour faciliter l’intégration des étudiants étrangers, lors de l’arrivée dans une université, l’étudiant français va être pris en charge par un parrain ou une marraine, un(e) étudiant(e) d’année supérieure qui l’accompagne pendant tout son cursus.

La seule difficulté rencontrée par les étudiants français qui souhaitent terminer leurs études en France est les ECN (Épreuves Classantes Nationales). Nous y revenons plus loin.

La question de la langue : faut-il apprendre le roumain ?

Même si de nombreuses facultés offrent des programmes en français ou en anglais, le cursus inclut des cours de roumain. Pourquoi ? Principalement parce que dès la quatrième des années, des stages en hôpital à Cluj ou Iasi nécessitent de savoir communiquer avec les patients roumains.

De plus, vivre dans un pays, même s’il s’agit de Cluj où réside une importante communauté francophone, sans savoir en parler la langue, c’est s’interdire de profiter de sa culture et de son ambiance. C’est pourquoi, en sus des cours dispensés par les universités, un grand nombre d’étudiants français suivent également des heures de roumain à l’institut français.

Comment vivre en tant qu’étudiant étranger en Roumanie ?

Cluj-Napoca et Iasi sont de jolies villes, riches culturellement, étudiantes, où de l’avis de tous il fait bon vivre.

La vie y est moins chère qu’en France et les loyers des logements étudiants encore très abordables. Elle y est également très sûre.

La Roumanie offre une expérience culturelle très riche, alliant traditions et modernité, favorable à une immersion complète des étudiants étrangers.

Petite précision qui a son importance actuellement : si l’Ukraine est un pays limitrophe (au Nord), la guerre qui y sévit n’affecte pas la Roumanie, pays appartenant à l’Union européenne.

Finalement, est-il intéressant de faire ses études de médecine en Roumanie ?

Il existe de nombreux avantages à étudier en Roumanie

Étudier la médecine en Roumanie est réservé aux personnes attirées par une expatriation de longue durée, curieuses et ouvertes à d’autres cultures. Ces conditions réunies, et la motivation à embrasser une profession de santé bien ancrée, les avantages sont nombreux :

Bénéficier d’une formation reconnue et de bonne qualité
Ne pas se soumettre aux aléas du numerus apertus
Obtenir des diplômes valides dans l’ensemble de l’Union européenne
Profiter d’un coût de la vie avantageux
Découvrir une expérience à l’étranger dans de bonnes conditions
Ne pas se sentir isolé, grâce à l’existence d’une communauté francophone importante

Les inconvénients que peut rencontrer un étudiant français faisant ses études de médecine en Roumanie

L’expatriation en Roumanie peut être un défi pour certains. S’adapter à une nouvelle culture et à un système éducatif différent demande du temps et de la résilience. Il faut bien y penser avant de faire ce choix.

Bien que les études de médecine en Roumanie soient de bonne qualité, elles ne préparent pas spécifiquement aux Épreuves Classantes Nationales (ECN), nécessaires pour exercer en France. Ainsi, le classement des étudiants français en Roumanie aux ECN est souvent passable. S’ils peuvent aisément devenir médecins généralistes à l’issue de ces épreuves, il est rare qu’ils parviennent à des places leur ouvrant la voie à des spécialités.

C’est pourquoi certains étudiants préfèrent désormais passer leur internat en Allemagne ou en Suisse.

L’article « Étudier la médecine en Roumanie pour exercer en France, est-ce possible ? » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Étudier la médecine en Roumanie pour exercer en France, est-ce possible ?

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