Mal-être, déscolarisation, tentatives de suicide, issues dramatiques… Les élèves victimes de harcèlement scolaire en sortent rarement indemnes. Et ce fléau semble prendre de l’ampleur, en particulier à cause des réseaux sociaux. Le gouvernement a lancé en 2021 un plan de lutte qui s’est progressivement étoffé depuis. C’est dans ce cadre qu’au mois de novembre 2023, tous les élèves du CE2 à la Terminale ont rempli un questionnaire sur le sujet. À cette occasion, nous vous proposons un état des lieux du problème.

Le harcèlement scolaire est un fléau souvent invisible et difficile à combattre

Le harcèlement scolaire est une réalité complexe et dévastatrice qui affecte de nombreux élèves dans les collèges et lycées. Sur 12 millions d’élèves scolarisés de la maternelle à la Terminale, 700 000 en seraient victimes chaque année selon l’UNICEF, soit environ 6 %. Pire, une étude de l’IFOP avançait des chiffres plus impressionnants encore. Un jeune sur cinq dit avoir vécu une situation de harcèlement : dans la cour de récréation (94 %), les couloirs (83 %), la classe (60 %), la cantine (60 %) ou en sport (58 %). Toutefois, ce pouvait être une situation qui n’entrait pas dans la définition précise du harcèlement.

Le harcèlement scolaire, une définition

Le harcèlement scolaire se manifeste lorsque des élèves sont répétitivement victimes d’insultes, de menaces, de violences physiques ou de messages injurieux. Ces actes peuvent se dérouler dans l’enceinte de l’établissement scolaire ou par du cyberharcèlement sur les réseaux sociaux.

Trois caractéristiques principales définissent le harcèlement en milieu scolaire :

La violence. Elle peut être physique ou tout simplement symbolique. Cela implique dans tous les cas un rapport de force et de domination, dans lequel un ou plusieurs élèves exercent une emprise sur leurs victimes.
La répétitivité. Les agressions se répètent régulièrement, entraînant une détérioration continue du bien-être de la victime.
L’isolement des victimes. Les victimes sont souvent isolées et se sentent incapables de se défendre.

À l’origine du harcèlement scolaire, on trouve tous types de « différences » qui vont être stigmatisées : l’apparence physique, le sexe, l’identité de genre, l’orientation sexuelle, un handicap, des troubles de communication, ou l’appartenance à un groupe social ou culturel spécifique.

Le harcèlement sur les réseaux sociaux

Avec la montée en puissance des réseaux sociaux, le harcèlement a pris une nouvelle dimension : le cyberharcèlement. Il permet aux agresseurs de cibler leurs victimes 24 heures sur 24, rendant la détection et la prévention des faits encore plus complexes. Les messages haineux, les rumeurs et la diffusion d’images humiliantes sur les réseaux sociaux contribuent à un environnement toxique pour les victimes, exacerbant le sentiment d’isolement et de détresse.

Le harcèlement crée des situations dramatiques

Les conséquences du harcèlement scolaire sont souvent graves et peuvent inclure le décrochage scolaire, la désocialisation, l’anxiété, la dépression, la somatisation et dans les cas les plus tragiques, des comportements autodestructeurs et le suicide. Les victimes peuvent éprouver un sentiment de honte, une perte d’estime de soi, des difficultés relationnelles et des comportements d’évitement. Non traitées, ces conséquences peuvent persister à l’âge adulte, affectant le développement psychologique et social des individus.

En 2021, le gouvernement a lancé le programme pHARe

Face aux conséquences dramatiques du harcèlement scolaire et de son développement, un programme de prévention et de lutte a été mis en place dès 2021. Il a ensuite été renforcé et complété par de nouvelles initiatives, les dernières remontant à la rentrée 2023.

Le programme pHARe

Le programme pHARe de lutte contre le harcèlement en milieu scolaire vise à créer un environnement sûr et accueillant pour tous les élèves. Il repose sur 8 piliers :

Mesurer le climat scolaire. Cela consiste, entre autres, à utiliser des questionnaires sur le harcèlement et des outils statistiques pour évaluer l’ambiance générale dans les établissements scolaires.
Prévenir les phénomènes de harcèlement. Élaborer des stratégies pour prévenir le harcèlement avant qu’il ne survienne, en particulier le cyberharcèlement sur les réseaux sociaux.
Former une communauté protectrice. Développer une communauté de professionnels et de personnels dédiés à la protection des élèves.
Intervenir efficacement. Répondre promptement aux situations de harcèlement signalées, en assurant un suivi et une prise en charge appropriés des victimes.
Associer parents et partenaires. Impliquer les parents et les partenaires externes dans la communication et le déploiement du programme.
Mobiliser les instances de démocratie scolaire. Engager les instances telles que le Conseil de la vie collégienne (CVC) et le Conseil de la vie lycéenne (CVL), ainsi que le comité d’éducation à la santé, à la citoyenneté et à l’environnement dans la lutte contre le harcèlement.
Suivre l’impact de ces actions. Évaluer régulièrement l’efficacité des mesures prises.
Mettre à disposition des ressources. Fournir une plateforme en ligne avec des ressources et des outils pour lutter contre le harcèlement.

Fort de 400 référents académiques et départementaux, ce programme a déjà permis d’améliorer significativement la prise en charge des cas de harcèlement, grâce notamment au numéro unique 3018 pour les signalements.

De nouvelles mesures ont été annoncées à la rentrée 2023

À la rentrée 2023, des mesures supplémentaires ont été introduites pour renforcer la lutte contre le harcèlement dans les écoles, collèges et lycées. On y trouve, en particulier :

L’extension du programme pHARe aux lycées,
L’objectif d’intégrer 100 % des établissements scolaires dans le programme pHARE,
Assurer que tous les élèves et personnels connaissent le 3018 pour le signalement des cas de harcèlement,
Sensibiliser et former tous les personnels à la détection, la prévention et la réaction face au harcèlement,
Nommer un coordinateur harcèlement dans chaque collège,
Faire de la dénonciation de tout fait de harcèlement une obligation légale pour les établissements scolaires.

Un décret du 16 août 2023 renforce également le pouvoir des directeurs d’école et des chefs d’établissement dans la gestion du harcèlement.

Un questionnaire a été proposé à tous les élèves français en novembre 2023

En novembre 2023, dans la perspective de mesurer l’ampleur du phénomène et d’attirer l’attention des élèves, deux heures de « temps banalisé » ont été consacrées à la question du harcèlement dans tous les établissements scolaires et dans toutes les classes du CE2 à la Terminale. Une heure était dédiée à une sensibilisation au problème, suivie d’une heure pour remplir un questionnaire.

Quel était le contenu du questionnaire ?

Le questionnaire sur le harcèlement distribué aux élèves français se composait de différentes versions adaptées selon le niveau scolaire : élémentaire, collège et lycée. La structure était cependant identique, quel que soit le niveau. En élémentaire, il comportait une trentaine de questions, contre près de cinquante au collège et au lycée. Chaque question incitait à cocher une case, soit oui/non, soit un chiffre de 1 à 4 (jamais, parfois, souvent, très souvent) correspondant au vécu des élèves face à des situations précises. Chaque questionnaire comprenait une série de questions réparties en quatre catégories principales.

Le rapport de l’élève à l’école, au collège, au lycée

Questions sur le sentiment de sécurité à l’école, l’impact du harcèlement sur l’assiduité et les performances scolaires.

Le vécu quotidien à l’école, au collège, au lycée

Interrogations sur les expériences de solitude, d’agression physique, de vol, ou de rumeurs au sein de l’établissement scolaire.

Sur internet ou sur les écrans

Focus sur le cyberharcèlement, notamment via les réseaux sociaux, avec des questions sur les messages insultants ou la diffusion non consentie de photos ou vidéos.

Comment se sent l’élève dans sa vie

Évaluation de l’état mental et physique de l’élève, notamment en lien avec le stress, les troubles du sommeil ou de la concentration.

Que vont devenir les questionnaires ? À quoi vont-ils servir ?

Les questionnaires sur le harcèlement, une fois remplis, ont été remis aux enseignants et analysés au niveau de chaque établissement. Cela donne aux directeurs, principaux et proviseurs une bonne connaissance de l’état du harcèlement dans la structure qu’ils dirigent et la mesure des moyens à mettre en œuvre pour le combattre.

Cette démarche, soutenue par des spécialistes comme le pédopsychiatre Marcel Rufo ou le pédagogue Éric Debarbieux, vise plus précisément plusieurs objectifs :

La détection des cas de harcèlement.

Le questionnaire, non obligatoire et anonyme, peut permettre à un élève harcelé de mieux comprendre ce qu’il vit. La démarche de sensibilisation peut ainsi l’amener à en parler. Le questionnaire et son contexte sont donc un moyen d’identifier les élèves victimes ou témoins de harcèlement, que ce soit au sein de l’établissement scolaire, sur les réseaux sociaux ou ailleurs.

Une évaluation générale du climat scolaire.

Comprendre l’impact du harcèlement sur le bien-être général des élèves et sur le climat scolaire.

Aider à la planification des interventions.

La connaissance fine de l’état du harcèlement dans un établissement permet d’orienter les actions de prévention, les programmes de sensibilisation et les stratégies de prise en charge.

La collecte de données statistiques.

La transmission au rectorat de la synthèse des réponses aux questionnaires des établissements permet de disposer à l’échelon national de données quantitatives pour mesurer l’étendue du phénomène et évaluer l’efficacité des mesures prises.

Les questionnaires sont conservés jusqu’à la fin de l’année scolaire.

Faut-il aller plus loin ? Quelles autres mesures devrait-on prendre ?

Malgré l’importance de ces questionnaires sur le harcèlement et des mesures annoncées dans le pHARe, des experts et des représentants syndicaux soulignent la nécessité d’aller plus loin.

Pour renforcer la lutte contre le harcèlement scolaire, plusieurs pistes peuvent être envisagées. Certaines sont déjà dans le train de mesures avancées dans le programme pHARe, mais non encore mises en œuvre ou généralisées. Les conditions de réussite du combat contre le harcèlement passent nécessairement par :

Une formation sérieuse et complète de l’ensemble des personnels éducatifs et péri éducatifs sur le harcèlement. Renforcer la formation des enseignants sur la détection, la prévention et la gestion du harcèlement, notamment du cyberharcèlement.
Une augmentation des ressources humaines. Il s’agit d’intégrer davantage de professionnels de santé, des psychologues, des assistantes sociales dans les établissements scolaires, particulièrement en primaire.
Une amélioration des dispositifs de signalement. Simplifier les mécanismes de signalement et de suivi des cas de harcèlement les rendrait plus efficaces et plus accessibles.
Poursuivre et renforcer la politique de prévention. Tous s’accordent sur la nécessité de développer des campagnes de sensibilisation auprès des élèves, des parents et des enseignants, notamment sur les dangers liés aux réseaux sociaux.
Améliorer le soutien psychologique et social. Un élève harcelé doit être écouté et accompagné pour ne pas subir un traumatisme indélébile. Il est donc nécessaire d’offrir un accompagnement adapté aux victimes de harcèlement, pour prévenir les conséquences graves comme la déscolarisation ou le suicide.

La prise de conscience est bien là et les mesures qui sont déjà entrées en vigueur semblent prometteuses. Il faut maintenant que ces mesures concrètes soient accompagnées de moyens suffisants, en particulier pour former les personnels. L’implication de tou.te.s n’aura d’efficacité que si chacun peut reconnaître des signes de harcèlement et les moyens d’y remédier.

L’article « Les élèves français ont répondu à un questionnaire sur le harcèlement scolaire » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Les élèves français ont répondu à un questionnaire sur le harcèlement scolaire

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