Depuis son introduction en Première lors de la réforme du Baccalauréat, la spécialité NSI, Numérique et Sciences de l’Informatique, n’a pas encore convaincu. Peu choisie en Première, elle est assez largement abandonnée en Terminale. Cette spécialité a pourtant été pensée pour un grand nombre de lycéens : ceux déterminés à travailler dans l’univers du numérique comme les élèves souhaitant acquérir des bases en informatique, utiles dans de nombreux métiers. Le bilan des dernières années est à cet égard étonnant.

La concurrence entre plus de dix spécialités ne facilite pas les choix des élèves

Que sont les spécialités au lycée ?

Introduit avec la réforme du Bac, le principe des spécialités implique que les élèves de Première sélectionnent trois enseignements qui seront étudiés en profondeur, à côté d’un tronc commun de matières. Arrivés en Terminale, ils en conservent deux, qui feront partie des épreuves finales du Baccalauréat. Cette démarche vise à affiner l’orientation des lycéens, en supposant qu’entre la Première et la Terminale, ils auront une vision plus claire de leur parcours futur.

Le choix des enseignements de spécialité est directement lié à l’orientation des futurs candidats au Baccalauréat et surtout aux études supérieures. C’est en particulier sur la foi des matières étudiées en Première et Terminale que les universités, les grandes écoles, les écoles préparatoires ou les BTS et BUT établissent leur sélection. Il y a donc un enjeu très important dans le choix fait par les élèves.

La palette des possibilités paraît assez étendue, avec pas moins de 12 matières de spécialité proposées à l’entrée de la Première en filière générale.

Six du côté littéraire et sciences humaines :

Histoire, géographie, géopolitique et sciences politiques
Humanités, littérature et philosophie
Langues, littératures et cultures étrangères
Littérature, langues et cultures de l’antiquité
Art : histoire des arts, théâtres, arts plastiques, arts du spectacle
Sciences économiques et sociales

5 du côté scientifique :

Mathématiques
Sciences de la vie et de la terre
Sciences de l’ingénieur
Physique chimie
Numérique et sciences informatiques

Reste une matière hors catégorie : Éducation physique, pratiques et cultures sportives.

La spécialité NSI, qu’est-ce que c’est et pourquoi la choisir ?

La spécialité Numérique et Sciences de l’Informatique a pour objectif de faire comprendre les concepts et les méthodes qui sont à la base de l’informatique. Plus précisément, elle permet d’étudier :

Les types de données
Comment interagir avec les données
L’architecture machine des ordinateurs
Le web
La programmation (en général, c’est le langage python 3 qui est utilisé)

Si aucune spécialité n’est censée flécher un métier précis, l’enseignement de NSI prédispose selon les textes académiques à une orientation vers l’industrie du numérique, en pleine expansion. Mais il est également rappelé que la spécialité n’est pas réservée à ce seul objectif. Choisi avec n’importe quelle autre spécialité, l’enseignement NSI peut être un atout important pour tout candidat à l’enseignement supérieur.

L’abandon de la spécialité NSI en Terminale peut être perçu comme une perte d’opportunités dans un monde de plus en plus numérisé. La spécialité NSI est vue par les enseignants comme une base solide pour les élèves intéressés par des carrières scientifiques. Elle est pensée pour les préparer à l’univers des grandes écoles et à ses concours exigeants.

NSI reste pour l’instant une spécialité mal considérée

En 2022, seulement 9,8 % des élèves de Première ont opté pour la spécialité NSI, plaçant cette discipline au 8e rang sur 12 des enseignements les plus choisis. C’était à peine mieux qu’en 2021 (9,6 %). Des cinq spécialités scientifiques, elle est largement à la traîne derrière les mathématiques (64,9 %), la Physique-Chimie (43,1 %) et les Sciences de la Vie et de la Terre (SVT, 37,6 %). Elle ne devance qu’une spécialité encore plus mal aimée, les Sciences de l’Ingénieur (4,8 %).

On relève également que la matière NSI est très peu choisie par les filles : sur les 38 259 élèves ayant choisi la spécialité en Première en 2022, 80 % étaient des garçons.

En plus d’être relativement peu choisie en Première, son faible taux de report en Terminale est le second signe du problème. Le fait de devoir quitter l’un des trois enseignements de spécialité choisis en Première lorsqu’on passe en Terminale implique évidemment une baisse automatique du choix de chaque matière pour l’année du Baccalauréat.

Toutefois, les taux d’abandon pour les seules matières scientifiques ne sont pas égaux :

Mathématiques : en Terminale, 39,1 % choisissent la matière, soit 39 % d’abandon de Première en Terminale
Physique Chimie : 30,1 % en Terminale, soit un taux d’abandon de 30 %
SVT : 24,4 % prennent l’enseignement en Terminale, 35 % d’abandon par rapport à la Première
NSI : 4,7 % en Terminale, avec 52 % d’abandon
Sciences de l’ingénieur : 1,8 % en Terminale, 62 % de rejet

Ajoutons que 60 % des filles ayant choisi NSI en Première y ont renoncé en Terminale, contre moins de 50 % pour les garçons.

Comment peut-on expliquer ce faible taux d’adhésion à l’enseignement de NSI ?

Un problème de notoriété

Discipline récente, l’enseignement de NSI rencontre deux écueils :

Un manque de notoriété, lié à sa jeunesse. Les élèves de Seconde prennent des conseils auprès de leurs pairs et de leur famille. Peu d’entre eux connaissent cette nouvelle matière et vont donc conseiller les spécialités « classiques ».

D’autant que c’est, avec les sciences de l’ingénieur qui souffrent du même problème, la seule des spécialités scientifiques qui ne sont pas enseignées au collège ni même en Seconde. Il est plus rassurant de s’inscrire à une matière déjà connue et travaillée depuis la Sixième.

Les élèves privilégient la sécurité sur Parcoursup

Pour qui souhaite suivre des études supérieures scientifiques, la spécialité Mathématiques reste la plus populaire. Plus de deux élèves sur trois la choisissent en Première. Elle est souvent un prérequis dans les recrutements d’écoles d’ingénieurs ou de programmes scientifiques dans les universités. Associée à la Physique-Chimie ou à la SVT en Terminale, elle constitue un atout lors de l’inscription sur Parcoursup.

À l’inverse, à ce jour, aucun établissement d’enseignement supérieur n’exige d’avoir étudié la spé NSI au lycée dans son dossier ou son concours d’admissibilité. Ce qui reste logique, dans la mesure où nombre de lycées ne la proposent pas — encore —, du fait d’un manque d’enseignants. On peut donc comprendre qu’un élève cherchant à suivre des études supérieures scientifiques se rabatte sur les trois disciplines historiques et souvent requises par les écoles et universités. Les défenseurs de NSI ont beau marteler qu’on peut tout à fait réussir des études scientifiques dans de nombreux établissements en choisissant le couple Mathématiques — NSI, ce parcours original ne rassure pas les candidats.

Des questions sur le programme et les conditions matérielles de l’enseignement

Deux critiques sont portées par d’anciens élèves de NSI qui ont abandonné la discipline après la Première.

Le contenu du programme, qui leur a paru trop « fourre-tout » et assez éloigné des réalités numériques vécues aujourd’hui. Manque de concret, fastidieux, les déçus ne manquent pas d’éléments pour justifier leur abandon. Il est vrai que le programme semble assez vaste et assez théorique. L’histoire de l’informatique, la représentation des données sont pourtant des fondements de compréhension pour pouvoir aborder en toute connaissance les modes de traitement des données, les langages de programmation et les algorithmes.

Mais le reproche le plus important porte sur les conditions de l’enseignement : nombre de lycées sont dotés d’ordinateurs anciens et donc peu performants. C’est le président de l’association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (l’APMEP) qui tire le signal d’alarme : « sur le plan matériel, c’est dramatique ! Il n’y a pas eu de dotation supplémentaire pour cet enseignement. Matériel vétuste, salles informatiques utilisées pour les autres matières également… ».

Comment rendre la spécialité NSI plus populaire ?

L’introduction de la spécialité Numérique et Sciences Informatiques (NSI) dans le cursus de Première et Terminale est récente. Le contenu des cours de NSI vise à permettre aux élèves de s’inscrire au plus tôt dans le grand mouvement qui rend indispensable le recours au numérique dans la plupart des métiers. L’avenir de la spécialité n’est pour l’instant pas en cause et l’on peut estimer qu’à moyen terme celle-ci deviendra plus populaire chez les lycéens.

Comme toute nouveauté, il lui faut le temps de s’installer

La spécialité NSI, nouvelle dans le paysage éducatif, nécessite du temps pour s’ancrer dans la culture scolaire. C’est ce qu’espèrent ses promoteurs. Ils remarquent ainsi qu’entre 2019 — première année où la spé NSI était proposée — et 2022, le taux de choix en Première était passé de 8,1 % à 9,6 %, en progression permanente d’une année sur l’autre.

On peut compter sur le fait que, rapidement, tous les lycées pourront proposer la spécialité, surtout depuis qu’un nouveau concours du CAPES a été lancé pour recruter des professeurs de NSI. Et plus les années se succéderont, plus les anciens élèves de NSI pourront en faire la promotion auprès de leurs plus jeunes collègues.

Introduire des cours d’informatique au collège permettrait de familiariser les élèves à la discipline

Afin de rendre le passage au cours de NSI en Première fluide et évident, certains plaident pour des cours d’informatique et de systèmes numériques dès le collège — pourquoi pas en remplacement de la Technologie dès la Sixième. Exposer les élèves plus tôt aux fondamentaux de l’informatique permettrait de créer une base de connaissances solide et une familiarité avec la matière. Il n’y aurait plus de frein de notoriété à déplorer. On devrait constater une hausse de l’intérêt pour la Spécialité NSI en Première et en Terminale, d’autant que les établissements d’enseignement supérieur pourraient alors mieux la prendre en compte.

Il est nécessaire de communiquer sur la spé NSI pour la populariser

Une communication efficace autour de la Spécialité NSI est essentielle pour en augmenter la popularité. Le déficit de notoriété de la matière reste important. La mise en place de journées d’information est donc un élément qui peut faire bouger les choses. C’est justement le cas de la journée nationale NSI dans les lycées, au cours de laquelle les élèves peuvent rencontrer des professeurs de NSI, prendre connaissance des programmes, participer à des ateliers informatiques.

Poursuivre et amplifier les actions et initiatives autour de la spécialité NSI jouera un rôle essentiel dans sa reconnaissance. Toutefois, pour convaincre et éviter des taux d’abandon trop élevés, il serait également utile de prévoir des moyens spécifiques pour un apprentissage dans de meilleures conditions.

L’article « En Terminale, beaucoup d’élèves abandonnent la spécialité NSI » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : En Terminale, beaucoup d’élèves abandonnent la spécialité NSI

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