Sciences Po se veut constamment à l’écoute des grands défis de son époque. De grands mouvements sociétaux se manifestent, qui vont changer en profondeur notre monde. C’est le cas, bien évidemment, des crises environnementales, du climat aux pollutions, en passant par la raréfaction de certaines ressources naturelles. Cette révolution se mesure également dans la manière dont les jeunes générations envisagent le travail. Il ne s’agit plus, pour nombre d’étudiants d’aujourd’hui, de trouver un emploi bien rémunérateur, mais avant tout de participer activement aux réponses à ces enjeux. Engagement, responsabilité sont ainsi des valeurs mises en avant lors des recherches d’emploi. C’est dans ce contexte que l’école de la rue Saint-Guillaume vient d’inaugurer un institut des transformations environnementales.

Les étudiants sont prêts à relever les défis environnementaux

Si le paysage environnemental et ses perspectives à moyen terme paraissent très sombres, les générations nées après 1990 semblent conscientes des enjeux considérables que leur laissent leurs aînés. Elles se montrent surtout disposées à batailler pour leur trouver des réponses efficaces, fussent-elles radicales.

Comment faire face aux enjeux majeurs liés aux crises environnementales ?

Les experts du GIEC ne cessent de rappeler l’urgence absolue d’une modification de nos comportements et d’un tournant à opérer à 180 degrés dans les politiques publiques et les modes de production. Il est vrai que le réchauffement climatique se fait déjà sentir et dépassera les prévisions pessimistes et déjà annonciatrices de grandes catastrophes. Le recours à des produits chimiques délétères, en particulier dans l’agriculture, bien que remis en question, reste pourtant largement la norme, bloquant la conversion des pratiques agricoles, portant une double menace : empoisonner encore plus les terres et l’air sur toute la planète, ou laisser les famines toucher des milliards de personnes… Si les gouvernements de nombreux pays semblent rester sourds à cette vision réaliste du futur, de plus en plus d’entreprises cherchent à réduire drastiquement leur empreinte environnementale. Il se trouve qu’elles sont particulièrement attractives pour les jeunes diplômés.

Les étudiants français sont de plus en plus demandeurs de solutions

Une étude récente conduite par le RESES, Réseau des Étudiants pour une Société Écologique et Solidaire, met en avant l’inquiétude des étudiants en la matière. Créée en 2007, cette structure associative rassemble plus de 170 associations étudiantes et peut ainsi réaliser de grandes enquêtes sur ces populations. Lors de la dernière consultation nationale étudiante, en 2023, il apparaît que :

L’écologie est le premier sujet d’inquiétude de la jeunesse (pour 62 %)
Devant l’éducation (48 %)
Et l’accès aux soins (43 %)

Si bien que la cause écologique est soutenue par 70 % d’entre eux et 16 %, soit un sur six, se déclarent militants. Cette tendance se ressent sur les études, puisque 30 % déclarent avoir pris en compte les enjeux écologiques dans le choix de leur cursus.

Les anciens étudiants de Sciences Po sont une partie du problème

Camille Etienne, militante et activiste, soulignait lors d’une conférence à Sciences Po Paris un apparent paradoxe. En effet, disait-elle, « la plupart des gens contre lesquels je me bats — dans des combats pour l’environnement — en tant que militante écologiste, qui font partie de la direction des grandes banques, des cabinets ministériels, ont un point commun : ils ont fait cette école ! ». En effet, nombre d’élites formées à Sciences Po sont aujourd’hui perçues comme faisant partie du problème environnemental. On voit que l’école a peut-être, plus que bien d’autres, le besoin légèrement coupable d’inverser les choses pour préserver un avenir vivable…

Sciences Po veut apporter des réponses aux enjeux environnementaux

Sciences Po s’est donc lancée dans une initiative ambitieuse pour relever les défis environnementaux de notre époque. Le lancement de l’Institut des transformations environnementales veut démontrer l’engagement profond de l’école envers les enjeux climatiques et la nécessité de la transition écologique.

Sciences Po a lancé des cours sur l’environnement depuis une dizaine d’années

Durant la dernière décennie, Sciences Po a progressivement intégré l’écologie et l’environnement dans ses programmes d’enseignement. En 2023, plus de 250 cours abordent le sujet des transformations environnementales. En janvier 2023, Sciences Po a franchi une étape supplémentaire en introduisant un cours obligatoire de « Culture écologique ». Ce cours est proposé à tous les étudiants de première année, sur l’ensemble des campus et est disponible en français et en anglais. Conçu pour initier les étudiants aux enjeux liés aux transformations environnementales, le cours comprend 18 heures de cours magistral en format intensif d’une semaine et 6 heures d’enseignements complémentaires.

En outre, Sciences Po a continué à renforcer son engagement envers l’environnement dans ses programmes de master. Par exemple, l’école de journalisme propose un enseignement obligatoire intitulé « Politique de la Terre » dès le premier semestre de M1. De plus, des masters spécifiques, tels que le Master in International Energy Transitions à la Paris School of International Affairs, ont été créés pour répondre aux besoins croissants en matière de formation spécialisée. L’école a également mis en place des doubles diplômes en collaboration avec des institutions prestigieuses comme AgroParisTech, l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement et Sorbonne Université, proposant des programmes tels que Sciences et politiques de l’environnement.

Cette approche multidisciplinaire est renforcée par l’apport de plus de 40 enseignants-chercheurs de Sciences Po, qui travaillent sur des thèmes environnementaux dans diverses disciplines, notamment le droit, l’économie, l’histoire, la science politique et la sociologie.

La création de l’institut des transformations environnementales est une nouvelle étape majeure

L’Institut des transformations environnementales marque une nouvelle phase dans l’engagement de Sciences Po envers l’écologie et le développement durable. Cette institution vise non seulement à structurer et coordonner les initiatives existantes, mais aussi à augmenter leur visibilité et leur accessibilité auprès des étudiants et de la communauté académique.

La direction de l’école fixe trois objectifs majeurs à l’institut :

Mieux répondre aux aspirations des étudiants : la mission de l’institut est de transformer les convictions écologiques des étudiants en capacité d’action concrète. D’ici 2027, Sciences Po ambitionne de former ses 15 000 étudiants aux questions écologiques, leur fournissant ainsi les outils et les connaissances nécessaires pour faire face aux défis environnementaux actuels.
Structurer et coordonner l’existant. On l’a vu, de nombreux cours existent déjà, mais encore méconnus d’une majorité d’étudiants. Cette structure permettra une meilleure organisation et une diffusion plus efficace des cours et des programmes relatifs à l’environnement. Il s’agira en particulier de rendre ces ressources plus visibles et accessibles, notamment grâce à la création d’un site web dédié.
Être un acteur majeur de la transition écologique par la diffusion des savoirs : en créant l’Institut pour les transformations environnementales, Sciences Po aspire à devenir un leader en matière de diffusion et de valorisation des savoirs écologiques au niveau européen. Son objectif est de faire de l’école une référence en sciences humaines et sociales sur les questions environnementales.

Comment fonctionne l’institut des transformations environnementales de Sciences Po ?

Une création dans le cadre du programme TIERED

Le projet TIERED lancé en avril 2023 et financé à hauteur de 15,9 millions d’euros sur dix ans, est un programme ambitieux pour renforcer les capacités de recherche et d’enseignement de Sciences Po dans les domaines de l’environnement et du numérique. Il se structure autour de trois mouvements interconnectés :

La création de deux instituts, l’un dédié aux transformations environnementales qui vient de voir le jour et l’autre aux transformations numériques,
L’approfondissement des sciences humaines et sociales et une ouverture vers d’autres secteurs scientifiques,
Une stratégie de valorisation de la recherche pour influencer la société et les politiques publiques.

Cette initiative interdisciplinaire voit Sciences Po collaborer avec des partenaires prestigieux comme l’Ined, l’Ifremer, l’Inria, et l’Inserm, pour approfondir la recherche en sciences humaines et sociales et intégrer des expertises en sciences exactes. Le projet a été lancé pour développer des politiques de valorisation des savoirs, notamment dans l’élaboration de politiques écologiques, et de créer des synergies entre les différentes disciplines pour répondre efficacement aux enjeux environnementaux.

Une gouvernance très ouverte

Dirigé par Charlotte Halpern, docteure en sciences politiques et chercheuse au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po, l’Institut bénéficie d’une gouvernance inclusive. Il s’appuie sur un comité interne, un conseil scientifique et un conseil des parties prenantes présidé par Jean Jouzel, paléo climatologue, membre du GIEC. Ce conseil des parties prenantes réunit divers acteurs : élus, institutionnels, entreprises, associations, ONG, étudiants, et personnalités, assurant ainsi une approche collaborative et prenant en compte tous les aspects de l’environnement.

Des missions ambitieuses

L’Institut des transformations environnementales, au cœur du projet TIERED, se donne plusieurs objectifs stratégiques. Il vise à enrichir l’offre éducative de Sciences Po pour former tous les étudiants, quelles que soient leurs spécialités, aux enjeux environnementaux et à la prise de décision.

De plus, l’Institut entend contribuer à une nouvelle politique de diffusion et de valorisation des savoirs, accélérer l’ouverture vers d’autres secteurs scientifiques et promouvoir le positionnement unique de Sciences Po. En donnant de la visibilité et de la cohérence aux initiatives et programmes existants, il cherche à créer un effet d’échelle pour décupler et pérenniser son impact.

Enfin, l’Institut développe des collaborations en France et à l’international pour structurer la recherche, enrichir les programmes d’enseignement, recruter des enseignants-chercheurs et des post-doctorants, et accueillir des professeurs invités. Il joue également un rôle clé dans de grands réseaux internationaux pour promouvoir les objectifs de l’Accord de Paris.

L’article « Sciences Po vient de créer son institut des transformations environnementales » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Sciences Po vient de créer son institut des transformations environnementales

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