La récente réforme des études de médecine a suscité de nombreuses critiques ou interrogations, notamment en ce qui concerne l’introduction d’une nouvelle voie d’accès : les licences avec « accès santé » (L.AS). Ces parcours non traditionnels vont-ils enrichir les professions de santé ou s’avèrent-ils plutôt nuisibles à la rigueur nécessaire dans les études et les pratiques médicales ? Après trois années de mise en œuvre de cette réforme majeure, est-il temps d’en améliorer les procédures ?

Quels sont les objectifs de la réforme de l’accès aux études de santé ?

La réforme de l’accès aux études de santé visait plusieurs objectifs essentiels.

Elle entend diversifier le profil des étudiants en médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique. Des profils non majoritairement scientifiques, dont l’intérêt se porte également sur d’autres domaines très larges, étaient attendus. Il est vrai que la médecine, au-delà des pratiques et des questions purement « techniques » et biologiques, touche à la vie et à tous ses domaines. Il n’était pas absurde d’essayer d’intégrer des étudiants férus de sciences sociales ou de psychologie par exemple.

La réussite des étudiants dans leur cursus était également un enjeu majeur. Le mode de sélection antérieur à la réforme pouvait faire perdre jusqu’à deux ans d’études aux candidats qui devaient repartir à zéro s’ils n’étaient pas admis en médecine. En leur offrant une formation plus équilibrée et moins focalisée uniquement sur la sélection pour les études de santé, la réforme visait à améliorer leur bien-être et leur qualité de vie.

De plus, en adaptant les compétences des professionnels de santé aux besoins évolutifs du système de santé, la réforme ambitionnait de soutenir, voire d’accélérer, sa transformation. Il s’agissait de décloisonner les filières de santé.

Enfin, le passage au numerus apertus est censé préparer un recrutement plus massif, pour pallier le manque croissant de professionnels de santé. Cela devait permettre de mieux répondre aux attentes des soignés, mais aussi des soignants et de la société dans son ensemble.

Qu’est-ce qui a changé dans l’accès aux études de santé avec la réforme ?

Avant la réforme, il n’existait qu’une voie d’accès aux études de santé : la PACES, une première année commune intense et hautement sélective. Les étudiants n’avaient droit qu’à un seul redoublement, ceci créant une pression énorme d’autant que le taux d’échec était élevé.

La réforme a introduit plus de flexibilité en créant deux entrées possibles : le parcours spécifique « accès santé » (PASS) et les L.AS. Les étudiants peuvent désormais choisir une L.AS construite autour d’une majeure qui n’a rien à voir avec la santé (du droit à la biologie, de la philosophie aux études sportives), complétée d’une mineure comprenant des enseignements complémentaires pour accéder aux études de santé. Intérêt de ce parcours : au cas où l’étudiant ne réussit pas à intégrer les études de santé en première, deuxième ou troisième année de L.AS, il peut continuer sa licence et son cursus sur sa majeure.

Cependant, toutes les L.AS ne donnent pas accès aux filières de santé. Cela dépend des universités. Il est donc essentiel pour les candidats de s’informer précisément sur les passerelles offertes par chaque licence via Parcoursup.

De premiers signes laissent les experts dubitatifs

L’introduction des Licences avec « accès santé » (L.AS), notamment celles non scientifiques, dans le cursus menant aux études de médecine, a été l’une des réformes les plus discutées dans le monde universitaire. Entre les objectifs de la réforme et la réalité des résultats obtenus, un décalage semble se dessiner.

Une baisse des effectifs inscrits en première année d’études de santé

Depuis la mise en œuvre de la réforme, on a pu constater une diminution du nombre d’étudiants en première année d’études de santé. En 2020, les redoublants de PACES étaient encore comptabilisés, avec les nouveaux effectifs de PASS et de LAS. Au total, 56 000 étudiants étaient alors comptabilisés. En 2021, la filière PACES ayant complètement disparu, on comptait 47 300 étudiants en première année de santé, soit une diminution nette de 15,6 %. À la rentrée 2022, ils n’étaient plus que 39 800, soit une nouvelle baisse de 15,8 %.

S’agit-il du résultat d’une sélection plus rigoureuse ou d’une méconnaissance des nouvelles voies d’accès ? Alors même que la France manque de médecins et qu’un des objectifs de la réforme des études de santé était de permettre un accès plus large à la médecine, cela interroge pour le moins.

La L.AS serait une alternative peu efficiente pour accéder aux études de santé

Les L.AS, conçues pour offrir une alternative au parcours classique de médecine, restent pour le moment nettement moins recherchées que le PASS. La première année de la réforme, 12 900 étudiants s’étaient inscrits en L.AS 1re année ; l’année suivante, en 2021, ils étaient près de 15 000, soit + 16,2 %, mais ce chiffre s’est stabilisé en 2022. Dans le même temps, le nombre d’étudiants en PASS passait de 27 230 (en 2021) à 25 130 en 2022, soit une baisse de près de 8 %.

Toutefois ces chiffres masquent une autre réalité : si l’on s’intéresse aux vœux sur Parcoursup, c’est la filière PASS qui attire le plus de candidats : en 2022 par exemple, ils étaient 663 000 à candidater pour un PASS, contre 318 130 à rechercher une L.AS. C’est déjà à ce premier niveau qu’une sélection différentielle s’opère parmi les bacheliers. Une fois l’algorithme de Parcoursup ayant fait son office, les candidats retenus pour l’examen de leur dossier se voient confrontés à des taux de recrutement très différents :

Seules 30,8 % des candidatures pour le PASS sont acceptées,
Alors que ce sont près de 75 % des candidatures pour la L.AS1 qui donnent accès à la première année de L.AS.

L’explication ? Les universités semblent avoir du mal à remplir les places en L.AS, confrontées à la vision classique PACES/PASS. Au point qu’en 2022, 35 des L.AS sur les 449 proposées donnaient une réponse positive à l’intégralité des candidats et 105 en prenaient plus de 95 %.

C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les taux de réussite des étudiants pour accéder en études de santé en passant par une L.AS restent faibles. Mais cette médiocre performance connaît de fortes disparités selon la nature de la majeure suivie.

Au niveau national, 2 % des étudiants de L.AS en économie-gestion sont parvenus à intégrer un cursus d’études de santé. Pour ce qui est des étudiants en sciences humaines et sociales, 11 % ont été admis en santé. À l’inverse, le taux d’admission des étudiants de L.AS en Sciences de la Vie, de la Santé, de la Terre, de l’Univers ont connu un taux d’admission quasiment équivalent à ceux de PASS, de 27 %. Rien de véritablement étonnant : plus la majeure est orientée sciences, et en particulier SVT, plus les candidats ont une chance de poursuivre en santé.

Les majeures non scientifiques en L.AS peinent à convaincre

Les résultats de L.AS semblent ainsi contredire deux des objectifs de la réforme de santé.

On ne constate pas pour l’instant de diversification des profils des futurs médecins. Ce sont toujours les étudiants avec une solide formation scientifique dès le lycée qui intègrent en écrasante majorité les études de santé. Les autres profils, plus tournés vers le droit, les sciences humaines ou l’économie, n’y pénètrent qu’au compte-goutte, comme des exceptions qui ont toujours existé.

Plus préoccupant : alors que la réforme avait pour mission de permettre aux étudiants tentés par la médecine de réussir leur parcours supérieur, même au cas où les études de santé ne leur seraient pas accessibles, cela ne semble pas être le cas.

En PASS, 80 % des étudiants sont admis à l’examen de fin d’année, soit pour continuer en santé soit, s’ils n’y sont pas reçus, pour bifurquer vers la mineure choisie. Mais en L.AS, le taux d’échec aux examens est supérieur à 50 %. En cause, des programmes très lourds, combinant deux cursus (leur discipline majeure + une préparation exigeante aux études de santé), qui nécessite un très fort engagement des étudiants.

Faut-il rectifier le tir et comment ?

Avec trois ans de recul sur la réforme de l’accès aux études de santé, des voix commencent à s’élever pour en demander une révision. C’est en particulier sur la mise en place des L.AS que se posent les questions.

Une décision du Conseil d’État oblige le gouvernement à revoir sa copie

Une décision récente du Conseil d’État, faisant suite aux préoccupations soulevées par un collectif, impose au gouvernement de revoir les modalités d’accès en deuxième année des études de médecine pour les étudiants de L.AS. La réforme laissait toute liberté aux universités de déterminer la pondération des deux groupes d’épreuve d’admissibilité et d’admission, écrites et orales. Les épreuves orales pouvaient ainsi représenter jusqu’à 70 % de la note finale, sur des sujets n’ayant rien à voir avec la santé. D’où une inégalité entre les étudiants de PASS, dont la note d’admission en études de santé reste essentiellement concentrée sur les sujets de santé. Avec la décision du Conseil d’État, les universités se voient privées de leur indépendance dans la fixation des modalités d’examen.

Des réflexions qui ne débouchent pas encore sur des propositions

Des débats ont lieu dans les universités, entre doyens, sur l’intérêt des L.AS et sur les disciplines non scientifiques. C’est Benoît Veber, président de la conférence des doyens des facultés de médecine, qui a lancé un pavé dans la mare. Selon lui, si certaines disciplines sont logiques, d’autres « comme le droit » le sont moins. Il est vrai que moins de 2 % des étudiants ayant choisi cette discipline en majeure parviennent à intégrer aujourd’hui les études de santé.

Pour plusieurs doyens, au contraire, le droit est une formation structurante sur le raisonnement et les connaissances. Mais si les discussions se concentrent en particulier sur cette matière, c’est tout l’intérêt de disciplines très éloignées de la santé qui semble remis en cause par de nombreux acteurs. Par exemple, la philosophie, l’économie-gestion ou les lettres sont pointées comme peu adéquates.

Si aucune proposition concrète n’est pour l’instant avancée, les réflexions des doyens portent sur plusieurs aspects :

La nature des disciplines majeures, avec sans doute un certain ménage à effectuer. Mais compte tenu des avis divergents, il sera bien difficile de choisir les disciplines à conserver et celles à abandonner.
Une modification des programmes, en intégrant les disciplines non scientifiques dans un environnement « santé », en pointant dans la pédagogie les liens éventuels entre celles-ci et les enjeux de la médecine.
Un renversement du principe des L.AS : il s’agirait d’introduire de la diversité non dans un tronc commun initial, la majeure de la L.AS, mais plutôt de proposer en seconde année de santé des unités d’enseignement en lien avec d’autres disciplines.

Il est sans doute encore un peu tôt pour comprendre tout à fait les effets de la réforme.

Alors que certains acteurs du milieu universitaire appellent à une réévaluation rapide des L.AS non scientifiques, d’autres suggèrent qu’il est prématuré de modifier la réforme sans avoir pleinement évalué ses impacts. En effet, si l’analyse des trajectoires des premiers étudiants de L.AS est un impératif, celle-ci ne pourra s’opérer que dans quelques années, à la fin de leur parcours. D’ici là, l’essentiel est de poursuivre la réflexion, en espérant que la réforme n’aura pas d’effets négatifs ni sur le recrutement ni sur la formation des futurs médecins.

L’article « Faut-il supprimer les L.AS non scientifiques pour l’accès aux études de médecine ? » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Faut-il supprimer les L.AS non scientifiques pour l’accès aux études de médecine ?

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