Le pedigree d’Amélie Oudéa-Castéra, la nouvelle ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques, va-t-il lui permettre de relever les énormes défis de l’enseignement public ?

Lors du dernier remaniement intervenu début janvier 2024, Gabriel Attal, le jeune ministre de l’Éducation nationale, a été nommé Premier ministre. Quittant des fonctions qu’il n’avait exercées qu’à peine six mois, il est remplacé par Amélie Oudéa-Castéra. Elle n’est pas une inconnue, puisqu’elle était déjà membre du précédent gouvernement en tant que ministre des sports. Cependant de nombreuses questions se posent à son sujet, sur son parcours atypique ainsi que sur de récentes polémiques qui risquent d’affecter sa légitimité vis-à-vis des acteurs de l’enseignement.

Amélie Oudéa-Castéra présente un parcours professionnel impressionnant

Agée de 45 ans, la nouvelle ministre de l’Éducation n’est arrivée en politique que tardivement. Le temps d’explorer avec brio plusieurs vies professionnelles, toujours au cœur de l’action.
Du sport de haut niveau à l’ENA

Dès l’âge de 10 ans, Amélie Oudéa-Castéra est repérée par le directeur technique national du tennis qui lui fait intégrer un programme de formation intensif à Roland-Garros. Elle passe son adolescence entre les courts de tennis et une scolarité aménagée, ce qui lui permet de remporter le titre de championne de France dans la catégorie des moins de quatorze ans.

Afin de ne pas sacrifier ses études supérieures, elle abandonne la compétition à 17 ans et s’engage dans un cursus exigeant. Après une maîtrise en droit à l’université Panthéon-Sorbonne, Amélie Oudéa-Castéra intègre Sciences Po, puis l’ESSEC, avant d’entrer à l’ENA à l’âge de 26 ans, dans la promotion Léopold-Sédar-Senghor, celle d’Emmanuel Macron.

Sa brillante carrière se déroule dans des univers contrastés

Après l’ENA, Amélie Oudéa-Castéra intègre la Cour des comptes. Puis, sous la suggestion d’Henri de Castries, alors président d’Axa, elle quitte la Cour des comptes pour le privé. Chez Axa, elle deviendra rapidement directrice marketing. Son expertise s’étend en même temps au domaine public, puisqu’elle siège au conseil d’administration du Centre national pour le développement du sport.

Après un passage chez Carrefour au titre de directrice e-commerce, elle revient dans l’arène du tennis. Nommée directrice générale de la Fédération française de tennis, elle prône des réformes et une gestion plus inclusive du sport.

Son entrée tardive en politique la fait se démarquer des autres ministres

Son renom dans le monde du sport repose non seulement sur ses propres exploits en tennis, mais également sur une association qu’elle a co-fondé et dirigé depuis 2018 : Rénovons le sport Français. C’est dans cet exercice qu’elle est remarquée et devient la référente sport d’Emmanuel Macron lors de la campagne pour sa réélection.

Sa nomination, en mai 2022, au gouvernement d’Élisabeth Borne en tant que ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques la voit soudain entrer dans la lumière médiatique. Durant son mandat, elle gère des affaires complexes et souvent polémiques touchant les hautes sphères du sport français, notamment dans le football, le rugby, mais son plus gros chantier est la préparation des JO 2024.

Le 11 janvier 2024, Amélie Oudéa-Castéra est nommée par Gabriel Attal, nouveau Premier ministre, à la tête du ministère de l’Éducation nationale, tout en conservant son portefeuille des Sports et des Jeux olympiques et paralympique, et en y ajoutant la jeunesse. Ce cumul de responsabilités soulève des questions sur sa capacité à gérer une charge de travail aussi importante. Le choix d’une équipe ministérielle resserrée (15 ministres et ministres délégués, dont une grande majorité de « poids lourds ») est assumé par le Président de la République, de même que la création de ministères au périmètre d’action très large.

Amélie Oudéa-Castéra va devoir gérer des dossiers sensibles

La nouvelle ministre se trouve devant une multitude de dossiers urgents et complexes, dont beaucoup avaient été lancés par son prédécesseur quelques mois plus tôt. Ce dernier venait d’annoncer un plan articulé autour de la formule : le « choc des savoirs ». Visant à rétablir l’autorité à l’école et à permettre au système éducatif de mieux former les élèves, tout ou partie de ce programme devrait être mis en œuvre dès la rentrée 2024. C’est à Amélie Oudéa-Castéra que revient donc la tache de donner vie à des mesures pensées par son prédécesseur.

L’introduction de l’uniforme. Une première expérimentation dans plusieurs établissements scolaires est déjà en cours, dont l’évaluation devrait trancher la question. Si celle-ci met en évidence le fait que l’uniforme a un impact positif sur « l’autorité à l’école, le harcèlement scolaire et la question de la laïcité » selon les mots du Premier ministre, son port devrait rapidement être généralisé et rendu obligatoire.

La transformation du brevet des collèges en véritable examen. Aujourd’hui, le brevet des collèges n’est pas obligatoire pour passer en Seconde. Cela devrait changer, l’ancien ministre de l’Éducation estimant que « quand on échoue au brevet, c’est qu’on n’a pas le niveau pour entrer au lycée ». À partir de 2025, les épreuves de l’examen de fin d’année compteront pour 60 %, et non plus 50 %, de la note finale. De même, les commissions d’harmonisation des notes devraient disparaître.

La création d’une classe de prépa-lycée. C’est la résultante du durcissement du brevet. Ceux qui échouent ne redoubleront pas, mais intégreront une classe de « prépa-lycée », classe de transition entre Troisième et Seconde. Sur ce point, tout reste à inventer y compris le recrutement et la formation du personnel enseignant, la rédaction des programmes, la mise en place des lieux d’enseignement, etc.

La création de groupes de niveaux au collège. Mesure évoquée pour endiguer les mauvais résultats des élèves français à la dernière évaluation PISA, il s’agirait de mettre en place des heures de cours réunissant les élèves selon leur niveau dans trois matières : la culture mathématique, la compréhension de l’écrit et la culture scientifique. Cela permettrait de constituer des groupes de travail moins nombreux et plus homogènes sur chacune de ces matières, et de mieux accompagner les élèves en difficulté. Les classes de Quatrième et Troisième devraient inaugurer les niveaux dès 2025.

Ce ne sont pas les seuls chantiers qui attendent la ministre : la revalorisation du métier d’enseignant est également une priorité. Le Pacte enseignant, censé y participer tout en réglant le problème des absences non remplacées n’a pas encore fait toutes ses preuves. Amélie Oudéa-Castéra aura fort à faire pour le relancer et le populariser. Elle devra aussi veiller à l’organisation des stages en Seconde, répondre aux vœux du Président de la République d’instaurer des cours de théâtre et d’histoire de l’art au collège et trouver des moyens pour la réussite de tous les élèves.

Amélie Oudéa-Castéra voit sa légitimité fragilisée

Amélie Oudéa-Castéra se trouve dans une position délicate, entre le Président Emmanuel Macron et le Premier ministre Gabriel Attal. Le premier ne s’est jamais caché de vouloir contrôler étroitement les questions d’éducation, un domaine qu’il considère comme essentiel et c’est d’ailleurs lui qui annonce régulièrement les grandes mesures envisagées.

Mais la tâche de la ministre se complique encore, le Premier ministre et ex-ministre de l’Éducation ayant fait savoir qu’il resterait toujours très présent sur les thématiques d’éducation. La marge de manœuvre d’Amélie Oudéa-Castéra semble dans ces conditions bien limitée. Cette situation met en lumière la complexité de sa mission à la tête de l’Éducation nationale, où l’ambition de faire vivre son ministère s’accompagne d’une navigation subtile dans les eaux politiques.

L’organisation des Jeux olympiques

La gestion de l’organisation des Jeux olympiques, prévus à Paris en 2024, représente un autre défi majeur. C’est un énorme chantier, entre travaux, sécurité, gestion des publics, des sportifs, des bénévoles et des administratifs, respect des exigences du CIO, etc. La capacité de la ministre à jongler entre ses nombreuses responsabilités et d’y répondre efficacement sera scrutée attentivement.

Si ses déclarations trompeuses concernant ses émoluments en tant que directrice générale de la Fédération française de tennis n’avait pas écorné son image, la polémique concernant la scolarisation des ses enfants risque de sérieusement l’abîmer.

Amélie Oudéa-Castéra a trois garçons actuellement âgés de 16, 14 et 11 ans. L’information selon laquelle tous trois sont scolarisés dans un établissement privé prestigieux, le collège Stanislas, a suscité un emballement médiatique, alimenté par les maladresses de la ministre sur la justification de son choix de mettre ses enfants dans une école privée.

De fait, rien n’interdit à un ministre de l’Éducation de mettre ses enfants dans l’enseignement privé ; c’était d’ailleurs le cas de Pap Ndiaye, dont le fils et la fille vont à l’École alsacienne. Mais Amélie Oudéa-Castéra a choisi de se défendre avec des allégations mettant en cause l’école publique, allégations qui de plus, se sont révélées fausses. De plus, un rapport officiel fustige les manquements de l’établissement privé à son obligation contractuelle car il ne respecterait pas les valeurs de la république.

Il n’en fallait pas plus pour que la communauté enseignante, déjà mise à mal par des réformes incessantes et un manque de moyens grandissant, ne s’inquiète fortement. Peut-elle faire confiance à une ministre qui privilégie le privé tout en dénigrant l’enseignement public ?

Ce n’est certainement pas la meilleure position pour affronter tous les enjeux majeurs auxquels la ministre doit faire face. Compte tenu de son parcours, Amélie Oudéa-Castéra a certainement l’étoffe d’une travailleuse acharnée capable de mener à bien ses dossiers. Parviendra-t-elle cependant à instaurer un minimum de confiance avec les syndicats du monde enseignant alors qu’elle fait face à un véritable procès en illégitimité ?

 

L’article « Qui est Amélie Oudéa-Castéra, la nouvelle ministre de l’éducation ? » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Qui est Amélie Oudéa-Castéra, la nouvelle ministre de l’éducation ?

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