Lors des concours de recrutement des professeurs en 2023, Plus de 3 200 postes n’ont pas été pourvus, dont 1 618 dans le seul second degré, collèges et lycées. Voici déjà plusieurs années que le CAPES et les autres concours de l’Éducation nationale ne font plus le plein. De nombreux facteurs sont avancés pour expliquer une telle désaffection : des conditions de travail de plus en plus compliquées, des orientations pédagogiques régulièrement modifiées par des réformes trop fréquentes, des salaires peu attractifs… Les conditions d’accès au métier seraient-elles aussi un frein ?

Quel est le cursus des candidats au professorat en 2024 ?

Aujourd’hui, les élèves souhaitant rejoindre les rangs du professorat doivent suivre un parcours de 5 ans d’études supérieures avant de présenter le concours. C’est l’effet d’une énième réforme intervenue en 2021, après une succession de changements dans ce parcours d’études de plus en plus exigeant.

En 2024, il faut être titulaire d’un master 2 pour se présenter au CAPES

Depuis 2021, les candidats au professorat dans le second degré doivent tout d’abord obtenir un Master 2 (Bac+5) pour se présenter aux concours du CAPES ou de l’Agrégation. Si les candidats ont suivi un Master « métiers de l’enseignement et de la formation » (MEEF), ils sont alors immédiatement affectés dans un établissement scolaire à plein temps : au cours de leurs deux années de Master, ils auront suivi 18 semaines de stage d’observation et de pratique accompagnée, considérées comme suffisantes pour disposer d’une expérience pratique.

Les étudiants ayant suivi d’autres Masters peuvent, quant à eux, suivre une première année en tant que professeurs débutants, année considérée comme un stage : enseignants à temps partiel en établissement, ils suivent des journées de formation dans les Instituts supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspé).

Les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation jouent un rôle clé dans cette formation. Ils se heurtent toutefois à des problèmes comme la multiplicité des acteurs impliqués et un manque d’harmonisation des programmes.

La formation des professeurs, une longue histoire sans cesse contrariée

Le ministère de l’Éducation va-t-il revoir une fois de plus la formation des enseignants ? Le parcours de formation des enseignants en France est marqué par des réformes successives depuis trois décennies, révélant un manque de cohérence.

Les IUFM, créés en 1989 pour remplacer les Écoles Normales, ont été les premiers à unifier la formation des professeurs de collèges et lycées. Le niveau requis pour se présenter au concours était alors un Bac+3. Celui-ci donnait accès à une véritable formation pédagogique, alternant stages pratiques accompagnés en classe et enseignement plus théorique sur la pédagogie.

En 2005, les IUFM sont rattachés aux universités afin de permettre aux étudiants de s’inscrire dans un cursus de mastérisation tout en s’ouvrant à la recherche. Le but réel est d’élever le niveau d’études et de connaissances des futurs professeurs. En 2008 une nouvelle réforme est décidée, qui voit le jour en 2010 : le recrutement des enseignants se fait désormais après une année de master. De plus, les élèves sont immédiatement affectés dans une classe dès leur diplôme obtenu, pour une année de stage.

En 2013, exit les IUFM au profit d’écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé), écoles universitaires au sein desquelles sont censés se croiser des savoirs académiques et de pratiques pédagogiques. Succès de recrutement (60 000 élèves inscrits en 2016 en Espé, dans un master MEEF ou un diplôme universitaire de formation d’enseignants), les Espé étaient cependant critiqués pour des horaires de formation trop lourds et un manque d’harmonisation des enseignements.

En 2019, la loi pour une école de confiance transforme les Espé en Inspé. Ceux-ci sont destinés à homogénéiser la formation des élèves, en consacrant 55 % du temps aux savoirs fondamentaux. Enfin, depuis 2022, il faut un Master 2 (soit 5 ans de formation après Bac) pour avoir le droit de se présenter aux concours comme le CAPES.

Ces changements nombreux soulèvent des questions sur l’efficacité des formations et leur capacité à répondre aux exigences actuelles du métier d’enseignant. Et sur le poids de ces changements dans le manque d’attrait d’une profession autrefois recherchée.

Vers une nouvelle réforme de la formation des professeurs de lycée ?

La formation est l’un des leviers sur lesquels pense pouvoir jouer le ministère de l’Éducation afin de redonner de l’attractivité au métier d’enseignant. Gabriel Attal, lors de son passage éclair de moins de six mois au ministère, avait commencé à dégager des pistes de réflexion sur ce point, pistes qui devraient donner naissance dès 2025 à de nouvelles modalités de formation.

Le ministère de l’Éducation réfléchit à plusieurs pistes pour améliorer la formation des professeurs

La décision de Jean-Michel Blanquer d’exiger un niveau Master 2 pour se présenter aux concours comme le CAPES semble avoir accentué la diminution des inscriptions, et être à l’origine d’une véritable chute du nombre de candidats, jamais vue en vingt ans. C’est pourquoi les réflexions tournent autour d’un accès au concours plus précoce.

La piste envisagée propose de déplacer les concours en licence, soit à Bac+3. Il ne s’agirait pas, toutefois, de raccourcir les études, mais de faire entrer les étudiants dans un cursus qui les conduit à un Master 2, après réussite au concours. Pendant les deux années suivant la réussite au concours, les étudiants suivraient un Master inspiré du Master MEEF actuel. Ce temps serait dédié à des stages d’observation la première année ; pendant la seconde année, les étudiants seraient affectés à mi-temps dans une classe. Ces stages et pratiques seraient accompagnés d’un enseignement théorique et pratique sur la pédagogie. Enfin, il est envisagé de rémunérer les étudiants au niveau d’un SMIC pendant ces deux années de formation, qui les verrait devenir professeurs et détenteurs d’un Master 2.

Gabriel Attal soulignait également la nécessité de revoir la deuxième année du Master MEEF, jugée « épuisante » pour les étudiants : actuellement, ils ont en effet à se préparer au concours, valider leur Master, rédiger un mémoire et suivre des stages. L’intérêt d’un concours passé en fin de licence serait d’alléger sensiblement le contenu de la seconde année de MEEF.

Le ministère suit également d’autres pistes : pourquoi, par exemple, ne pas introduire dans les premières années d’études supérieures, des modules de sensibilisation au métier de professeur des lycées, dans certaines licences disciplinaires ?

De nombreuses questions restent cependant en suspens

La plupart des syndicats d’enseignants, à l’exception notable du plus important, le SNES-FSU, sont ouverts et réceptifs à l’idée d’un concours accessible dès Bac+3. Mais le SNES-FSU redoute un recul dans la maîtrise disciplinaire des enseignants. Qu’en serait-il effectivement ? Dès la quatrième année, après obtention du diplôme, les étudiants auraient-ils encore des formations spécifiques sur leur discipline ?

Si la réforme ambitionne d’harmoniser la formation des professeurs des écoles, des collèges et des lycées, elle soulève également des préoccupations quant au statut et à la rémunération des stagiaires. Les stagiaires seraient-ils considérés comme des étudiants en voie d’apprentissage, la rémunération devant d’abord les aider à subvenir à leurs besoins pour terminer leur formation ? Ou, comme aujourd’hui, s’agirait-il simplement d’utiliser une main-d’œuvre bon marché pour faire cours à un rythme élevé, en oubliant l’apprentissage ? Le stagiaire serait alors, comme actuellement, un simple « moyen d’enseignement ».

En intégrant les étudiants dès la quatrième année dans une formation spécifique à l’enseignement en collège et lycée, n’y a-t-il pas un risque de dévoyer ce métier ? L’une des craintes exprimées par de nombreux acteurs est celle d’une « caporalisation » du métier. Au lieu de tabler sur l’intelligence, les connaissances et la liberté de l’enseignant, ces deux années conduisant au Master 2 pourraient avoir comme effet de « formater » les enseignants. Ceux-ci devront-ils apprendre les bonnes pratiques et devenir finalement de simples exécutants d’une institution toujours plus injonctive ? La préservation d’une grande autonomie du travail de professeur apparaît ainsi comme fondamentale chez les experts.

La formation des professeurs en France va-t-elle se rapprocher des pratiques en vigueur dans de nombreux pays ?

Jusqu’à présent, la manière dont la France forme ses enseignants, et tout particulièrement les professeurs du second degré, fait figure d’exception en Europe et à l’international. Le principe adopté depuis des décennies est constant : permettre aux étudiants d’acquérir les connaissances et les compétences théoriques dans une discipline avant d’accéder à un volet de formation professionnelle. Cette dernière, reposant sur des cours de pédagogie et des stages, est en effet consécutive à la première.

À l’inverse, de nombreux systèmes de formation à l’étranger reposent sur une approche simultanée, mêlant les apprentissages disciplinaires et professionnels dès le début du supérieur.

C’est le cas en Allemagne, où les étudiants commencent par préparer un Master dans les disciplines qu’ils visent. Lorsqu’ils seront professeurs, ils enseigneront deux disciplines différentes. Cette première phase de cursus universitaire, axée sur les disciplines, comprend d’ores et déjà des stages (qui comptent pour 60 ECTS sur les 300 nécessaires à l’obtention du Master). S’ensuit une seconde phase de professionnalisation de 12 à 24 mois selon les Länder.

De même au Royaume-Uni, des réformes successives ont contribué à accorder plus de place à l’acquisition de compétences pédagogiques. Les étudiants passent un Bachelor of Arts ou of Science. S’ils disposent déjà d’un diplôme de premier cycle, ils préparent un Postgraduate certificate of education (PGCE) d’un an, comprenant des stages en établissements scolaires. Dans tous les cas, de nombreux stages et cours sur la pratique du métier d’enseignant sont intégrés dans le cursus.

Même focus sur la pédagogie et les stages pratiques en Suède, où la formation des enseignants passe par un Master en éducation, qui comprend des études approfondies dans la matière à enseigner ainsi que des cours en sciences de l’éducation et des stages. En Suisse, malgré des différences sensibles entre les cantons, on retrouve également un système qui combine également un début d’études centrées sur la discipline à enseigner et un programme sur la pédagogie et les expériences dans les établissements.

C’est enfin le cas aux États-Unis : il est possible de suivre un cursus intégrant un bachelor’s degree centré sur une discipline et un master’s degree en éducation.

D’autres pays conservent un système « consécutif », mais qui met plus fortement l’accent sur la pratique. En Italie, il faut un master dans la discipline concernée, mais celui-ci est suivi d’une année de formation pédagogique axée sur des stages. On retrouve une approche similaire en Espagne, le master en formation pédagogique et didactique venant couronner des études universitaires. L’existence du MEEF en France rapproche notre pays de l’Italie et de l’Espagne.

Reste à savoir si modifier une fois de plus le mode de formation des professeurs en France permettra de résoudre la grave crise des recrutements que connaît notre pays. Un sondage auprès d’un échantillon représentatif d’étudiants publié par la Cour des comptes en 2023 analysait les facteurs de rejet du métier d’enseignant au collège et au lycée. En tête : des salaires insuffisants (57 %), des conditions de travail difficiles au quotidien (63 %) et le manque de reconnaissance du métier (54 %). Seuls 21 % des répondants estimaient que le niveau de diplôme exigé était trop élevé et 16 % que le frein était le concours à passer. L’idéal serait, bien sûr, d’agir sur l’ensemble des éléments bloquants. La France en a-t-elle aujourd’hui la volonté et les moyens ?

L’article « S’oriente-t-on vers une nouvelle réforme de la formation des professeurs de lycée ? » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : S’oriente-t-on vers une nouvelle réforme de la formation des professeurs de lycée ?

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