Chaque année, l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) publie un rapport sur l’éducation, qui prend en compte de nombreux paramètres dans une quarantaine de pays développés. C’est l’occasion de faire un point sur les performances de notre système éducatif, de leurs évolutions et de notre position par rapport aux autres états. La mouture 2023 de cette étude « Regards sur l’éducation » apporte des enseignements en demi-teinte pour la France.

Cette comparaison internationale pointe un manque d’efficacité de notre système d’éducation

L’étude de l’OCDE repose sur des constats économiques, analysant la structure, les performances et les moyens financiers mis en œuvre dans les dispositifs éducatifs des différents pays. Malgré de lourds investissements, le système éducatif français n’apparaît pas comme le mieux géré. Explications.

Les dépenses semblent mal réparties selon les cycles d’enseignement

Côté positif : notre pays dépense beaucoup pour l’éducation. En 2020, derniers chiffres connus, en moyenne la France a investi 11 881 € par an pour un élève, contre 11 093 € pour la moyenne des pays de l’OCDE.

Mais si l’on regarde plus finement la répartition des dépenses d’éducation selon les différents cycles d’apprentissage, la perspective s’inverse. Plus on s’élève dans le cursus, et plus l’investissement est conséquent. Ainsi c’est sur l’élémentaire, pourtant la première pierre d’apprentissage des fondamentaux, que nos efforts sont les moins importants : 8485 € par élève, contre 9349 € dans l’OCDE, soit un différentiel de -9 %. Au collège nous rattrapons la moyenne des pays avec 10 648 € contre 10 474 €. Et c’est au lycée que les dépenses s’envolent : 14 628 € par élève, contre 10 800 €. Les études supérieures sont dans la même lignée, avec une dépense de 16 551 € par étudiant contre 15 914 € dans l’ensemble des pays.

On dépense beaucoup, mais pas assez pour les professeurs

On peut se demander sur quels postes est dirigé l’argent investi. En effet, avec un niveau de dépense supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE, les professeurs français sont nettement moins bien payés. L’OCDE estime légitimement que « les salaires des enseignants sont un déterminant important de l’attractivité de la profession d’enseignant ».

Le rapport compare le salaire moyen d’un enseignant de l’élémentaire au secondaire, ayant une quinzaine d’années d’expérience. Il est en France inférieur d’au moins 15 % au salaire moyen constaté dans les pays de l’OCDE ! C’est en fin de carrière qu’un rattrapage est patent, qui permet aux professeurs français de voir leur salaire revenir au niveau moyen de l’OCDE. Mais si dans la moyenne des pays étudiés, le salaire maximum est atteint après 25 ans de carrière, en France, les enseignants doivent attendre 35 ans !

Où passe l’argent ? Alors que les « salaires effectifs moyens des enseignants restent inférieurs aux revenus des travailleurs diplômés du supérieur », les salaires des personnels de direction des établissements scolaires sont, eux, beaucoup plus intéressants.

Petite comparaison française. Si l’on prend le salaire moyen d’un diplômé de l’enseignement supérieur :

Le salaire moyen d’un professeur des écoles est inférieur de 30 %
Celui d’un enseignant de collège, inférieur de 13 %
Celui d’un professeur de lycée, inférieur de 3 %
Celui des personnels de direction (directeurs, principaux, proviseurs, adjoints, etc.), supérieur de 30 %

Un volume horaire d’enseignements élevé pour des résultats décevants

Plus étonnant encore. Alors que les enseignants français sont, en moyenne, moins bien payés que leurs collègues étrangers, ils travaillent plus. Un rapport de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) place la France en deuxième position des volumes horaires les plus élevés en Europe. C’est en élémentaire (là où les salaires sont les plus bas) que le différentiel est le plus important : 740 heures annuelles pour les professeurs européens, 900 heures en France !

Pour le collège et le lycée, les enseignants des pays d’Europe travaillent 659 heures par an, contre 720 heures en France.

L’étude souligne également que les élèves français bénéficient d’un volume horaire d’enseignement élevé par rapport à l’ensemble des pays de l’OCDE : 8192 heures, contre 7634 heures dans la moyenne des pays. Et cela, particulièrement sur des matières jugées fondamentales : la France consacre 59 % du temps scolaire en élémentaire à la compréhension de l’écrit et aux mathématiques, la proportion la plus élevée de tous les pays de l’OCDE.

Or cet investissement très important ne semble pas particulièrement porter ses fruits. Lors de la dernière étude PISA évaluant les élèves à 15 ans, la France était classée 18e sur 35 pays de l’OCDE en compréhension écrite et orale de la langue maternelle. En mathématique, elle est également à la 18e place sur 35. Surtout, notre classement stagne depuis le début des années 2000, malgré les nombreuses réformes de l’éducation et les efforts faits sur « les fondamentaux ».

Le rapport fait état d’améliorations après le Bac

Tout n’est bien sûr pas négatif dans les constats de l’étude. On peut ainsi chercher quelques lueurs d’espoir dans ce qui se passe après le Bac.

Les jeunes actifs sont de plus en plus diplômés

L’étude révèle une augmentation du pourcentage de jeunes actifs possédant des diplômes de l’enseignement supérieur : en 2022, c’était le cas de 50 % des 25-34 ans, soit une augmentation de 5 points en sept ans. Et c’est 3 points de plus que dans la moyenne des pays de l’OCDE.

On note une prédominance féminine chez les jeunes actifs diplômés

L’évolution la plus marquante des vingt dernières années a trait à la parité. Aujourd’hui, les jeunes femmes sont plus susceptibles que les jeunes hommes d’obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur. En France, 54 % des femmes de 25 à 34 ans avaient un diplôme de l’enseignement supérieur en 2022 contre 47 % de leurs homologues masculins.

La France attire de plus en plus d’étudiants en mobilité internationale

La France continue d’être une destination prisée pour les étudiants internationaux, ce qui témoigne de la qualité et de l’attractivité de son enseignement supérieur. Ainsi, en 2021, la part des étudiants étrangers était de 9 %, contre 6 % pour l’ensemble des pays de l’OCDE.

C’est au niveau du doctorat que la France attire le plus d’étudiants en mobilité internationale : ils représentent 37 % des effectifs, à comparer aux 24 % dans l’ensemble de l’OCDE.

Quelles sont les raisons de ce constat plutôt négatif ?

Peut-on se satisfaire de données positives qui ne concernent que les élèves ayant réussi à passer en études supérieures ? La question de l’incapacité du système éducatif français à compenser les inégalités apparaît une fois encore de la manière la plus crue.

Les moyens sont-ils correctement répartis ?

On sait que c’est dès l’école élémentaire que les inégalités sociales commencent à se marquer dans l’éducation. L’apprentissage de la lecture et de l’écrit est en particulier un élément essentiel. Or, malgré le volume horaire impressionnant qui lui est consacré, force est de constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Les résultats du classement PISA sur les élèves de 15 ans mettent en évidence le facteur inégalitaire : le rang médiocre de la France recouvre en effet de grandes disparités. Les études montrent en effet que les élèves issus des catégories sociales plutôt favorisées ont de très bons résultats alors que ceux de milieux moins favorisés présentent des signes de faiblesse. Et c’est le même constat pour ce qui concerne les mathématiques.

Le volume horaire n’est donc pas tout, loin de là. Il est également vraisemblable que les méthodes pédagogiques ne sont pas non plus en cause : de nombreuses réformes ont permis de tester tout ce qui existe, sans grands changements dans les résultats.

Peu de mesures sont prises pour contrer l’inégalité du système

La motivation et le bien-être des professeurs sont peut-être un des nombreux paramètres qui jouent en défaveur d’une réduction des inégalités. Il ne s’agit aucunement de suspecter des enseignants de mal faire leur travail. Mais si l’on additionne :

Des salaires assez bas et qui évoluent peu
Des difficultés croissantes de recrutement (en partie dues aux salaires)
Des classes souvent surchargées, qui rendent plus que difficile des types d’enseignement plus individualisés
Des volumes horaires très importants
Des réformes incessantes qui bousculent régulièrement la pédagogie

On peut se demander si le moment n’est pas venu de remettre beaucoup de ces caractéristiques en cause. Comment font les autres pays pour mieux payer leurs professeurs tout en investissant moins au global dans leur système d’éducation ?

Si tous les ministres de l’Éducation ou presque approfondissent les efforts sur les classes élémentaires, comment se fait-il que les questions de compréhension, par exemple, continuent à se dégrader ?

Ce que nous dit l’étude de l’OCDE c’est que les efforts financiers augmentent à mesure qu’on monte dans le cursus scolaire. Autrement dit, c’est une fois que le jeu des inégalités a déjà opéré une sélection que le système éducatif devient le plus efficace. Investit-on plus sur ceux qui ont pu passer les obstacles des apprentissages fondamentaux ? Ce pourrait être un effet pervers de notre organisation scolaire…

Certes, l’OCDE se contente d’une vision purement économique de la question. On sait que l’éducation est une maïeutique complexe, un partage des savoirs qui repose sur l’humain, l’engagement voire la vocation. Mais l’étude Regards sur l’éducation a le mérite de mettre en lumière de véritables points faibles de notre système éducatif. La comparaison internationale est intéressante, car elle montre qu’on peut faire mieux avec des moyens similaires, voire inférieurs.

L’article « Une étude de l’OCDE met en avant les performances médiocres du système d’enseignement français » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Une étude de l’OCDE met en avant les performances médiocres du système d’enseignement français

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