Le concours commun pour l’admission aux Instituts d’Études Politiques (IEP) repose sur trois épreuves : une dissertation d’histoire, un exercice de compréhension en langues étrangères, ainsi que l’épreuve de questions contemporaines. Celle-ci est redoutée par les candidats, car elle requiert une bonne connaissance des enjeux contemporains, de grandes compétences intellectuelles et une pratique maîtrisée de la dissertation. Voici nos conseils pour réussir cet exercice.

En quoi consiste l’épreuve de questions contemporaines ?

L’épreuve de questions contemporaines au concours des IEP est conçue pour évaluer la capacité des candidats à traiter de sujets complexes et pluridisciplinaires. Les candidats doivent montrer qu’ils sont capables de saisir les nuances d’une question, en intégrant dans leur traitement des approches multiples, historique, économique, juridique, sociologique ou philosophique par exemple.

Il s’agit d’une dissertation de trois heures. Les candidats peuvent choisir entre deux sujets. Ces dernières années, ils ont dû plancher sur des thématiques aussi variées que :

Ce que la peur fait aux sociétés,
L’alimentation est-elle un enjeu politique ?
Faut-il tout dématérialiser ?
Les institutions démocratiques peuvent-elles reposer sur le secret ?
Le risque zéro est-il possible ?
Peut-on être à la fois radical et démocrate ?…

On le voit, la simplicité apparente des questions peut cacher une grande complexité dans la manière de les aborder.

L’objet de cette dissertation est de permettre aux candidats de démontrer leur capacité à construire une argumentation solide, articulée autour d’une problématique centrale. En se fondant sur l’étude des rapports de jurys, il est possible de mieux comprendre ce qui est attendu des candidats :

Être capables de dégager une problématique à partir de la question posée : quelles sont toutes les questions que recouvre le sujet ? Comment y répondre, quels arguments mettre en œuvre pour proposer une réponse cohérente et suffisante ?
Apporter un éclairage historique : contextualiser la question, puis la réintroduire dans une perspective temporelle permet d’en relativiser la portée et d’apporter des éléments de réponse puisés dans l’histoire.
Savoir proposer une approche plurielle de la question. Aborder le sujet sous différentes perspectives montre l’ouverture des candidats, leurs connaissances et leur intérêt pour l’étude des différentes cultures et de domaines variés.

À l’inverse, ce n’est pas une épreuve d’érudition gratuite. Inutile de chercher à montrer l’étendue de ses connaissances, ce qui peut agacer les jurys, surtout si cela ne sert pas le propos. Mieux vaut une dissertation resserrée sur un petit nombre d’arguments, mais bien structurés, cohérents et détaillés.

Comprendre et analyser le sujet de l’épreuve de questions contemporaines

Avant toute autre chose, vous devez chercher à bien comprendre le sujet. Et ce n’est pas toujours si facile. La question initiale renvoie certainement à de nombreuses autres questions. Essayez d’en faire le tour en identifiant les dimensions multiples qu’elle peut comporter. Pour cela, décomposez le sujet mot par mot. Chaque mot doit être pesé, afin que vous ne commettiez pas de contresens. Dites-vous que même un article peut révéler une orientation fondamentale, qui doit être discutée.

Ainsi, dans « ce qui fait peur à la société », le « la » avant société questionne sur l’identité de la société dont on parle : la société française, les sociétés occidentales, la société comme concept d’un ensemble de personnes partageant une culture et des normes ? Interrogez-vous rapidement sur l’ensemble de l’énoncé du sujet, prenez des notes, et tirez-en rapidement le sens de ce à quoi vous allez chercher à répondre.

Commencez par dégager une problématique

La problématique est le fil directeur et le moteur de toute dissertation. C’est elle qui oriente la réflexion et structure l’ensemble de l’argumentation. Bien la définir est donc l’un des points clés pour réussir l’épreuve de questions contemporaines.

Qu’est-ce que la problématique ?

Rappelons tout d’abord une citation de Claude Lévi-Strauss : « le savant n’est pas celui qui donne les bonnes réponses, mais celui qui pose les bonnes questions ». La problématique, c’est juste l’art de poser les problèmes. Entamer une réflexion sur un sujet donné ne peut efficacement s’effectuer que par une revue des questions auxquelles il renvoie. La problématique doit aider le raisonnement, c’est une dialectique qui va voir se confronter des idées parfois apparemment contraires.

Comment l’articuler ?

Articuler correctement une problématique implique de saisir l’essence du sujet et de comprendre les différentes perspectives qui peuvent être explorées. Une fois votre sujet bien analysé, prenez le temps de mettre au brouillon les idées qu’il évoque. Ces premiers éléments de réponse seront certainement contradictoires. N’hésitez pas à faire des colonnes : d’un côté les idées « positives », de l’autre les idées antagonistes. Choisissez alors dans chaque colonne l’argument ou les deux arguments qui vous paraissent les plus pertinents pour disserter. Vérifiez que cela vous permet d’alimenter votre réflexion en partant du cadre : « On peut avancer que… A contrario… ne peut être contesté. Comment peut-on résoudre cet apparent paradoxe ? »

Comment trouver et développer une « bonne » problématique ?

La réponse à une problématique ne peut être manichéenne. Vous devez vous interdire le oui comme le non, qui, trop simplistes, ne vous permettent pas de démontrer toutes vos compétences. Par exemple, il serait trop facile de répondre non à la question : « le risque zéro est-il possible » ? En développant ce que vous entendez par risque zéro, vous pourrez rapidement parvenir aux contraintes scientifiques ou sociétales qui rendent inaccessible un risque zéro dans de nombreux domaines, pour ensuite approfondir votre réflexion en formulant une nouvelle question : « qu’est-ce qu’un risque acceptable et quelles sont les conditions pour son acceptation ?

Si vous avez réussi à construire une problématique pertinente ayant trait à la question initialement posée, il ne vous restera alors qu’à décliner un plan bien construit et un rédactionnel appuyé sur des références solides.

Prévoyez un plan en deux ou trois parties

Une bonne dissertation repose sur un plan bien structuré. C’est le cadre de votre réflexion, celui que vous allez poser avant de vous mettre à rédiger. Il doit être cohérent, logique, et vous amener naturellement à une conclusion synthétisant vos propos. Mais surtout, il doit répondre à la problématique que vous aurez annoncée dans votre introduction.

Deux ou trois parties, à vous de voir. Cela dépend de votre argumentaire qui s’exposera plus facilement en deux ou trois blocs. N’hésitez pas à distinguer des sous-parties au sein de chaque partie. À l’idéal une sous-partie doit permettre d’avancer 2 idées. Un plan en deux parties devra donc contenir 8 idées clés.

Pour élaborer un plan équilibré, commencez toujours par une phase de brouillon : ratures, carte mentale, citations… Cela vous conduit à lister vos connaissances et les références pertinentes qui pourront étayer ses arguments, tout en construisant votre plan. Ce travail préparatoire permet de dégager les grandes lignes de la dissertation et d’identifier les points clés qui constitueront le cœur de chaque partie.

C’est le moment de rédiger votre dissertation pour l’épreuve de questions contemporaines

Soignez votre introduction pour attirer l’attention

L’introduction de votre dissertation est ce que les correcteurs liront en premier : elle doit accrocher le lecteur, et manifester votre talent rédactionnel et intellectuel. Procédez en quatre points qui vont s’enchaîner.

L’accroche et la contre-accroche : Commencez par une phrase d’accroche qui peut être une citation, une actualité liée au sujet, ou une donnée historique pertinente. Son objectif : être originale et aborder la question posée. Continuez par une seconde phrase qui équilibre la première en prenant son contre-pied. En utilisant la même référence, renversez votre première idée pour introduire la problématique.

Présentation du sujet : Définissez les termes du sujet et exposez brièvement son contexte et ses enjeux.

Énoncez la problématique : Formulez la problématique en une ou deux phrases précises. Elle doit découler logiquement de la présentation du sujet et annoncer les axes de réflexion.

Annoncez le plan : présentez les grandes parties de votre argumentation de manière claire et concise. Cela montre que vous avez une vision structurée et logique de votre dissertation.

Si possible, liez votre sujet à une actualité récente pour souligner sa pertinence. Cela démontre votre capacité à connecter les connaissances théoriques avec le monde contemporain.

Rédigez votre développement selon le plan prédéfini

Le corps de votre dissertation est le lieu où vous déployez votre argumentation. Chaque partie doit être solidement ancrée dans des références précises et des connaissances approfondies. Suivez votre plan et étayez à chaque sous-partie vos idées. Voici quelques points sur lesquels vous devez porter une attention particulière.

Utilisation des références : Appuyez vos arguments sur des références académiques, des exemples historiques, ou des cas d’actualité. En général, il est conseillé de citer au moins une référence par sous-partie, référence qui vient en soutien à l’idée ou aux deux idées que vous cherchez à développer. Attention ! Ne faites pas de votre copie un dictionnaire de citations et de références. Vous serez jugé sur votre aptitude à raisonner et à recourir à vos connaissances, et non pas sur votre supposée érudition !
Utilisez un style simple et limpide. D’une part les correcteurs apprécieront ; ensuite, exprimer une pensée complexe ou abstraite en un langage fluide et sobre est une grande qualité. Cela témoigne de la maîtrise du sujet et de l’aptitude à en dépasser la difficulté.
L’importance des transitions. Les transitions entre les parties sont essentielles pour assurer la cohérence de la dissertation et guider le lecteur à travers le raisonnement développé. Elles doivent naturellement découler des arguments exposés, et souligner la progression de l’analyse, tout en préparant à l’argumentation à venir. Une bonne transition fait le lien entre les différentes parties du plan et renforce la cohérence de la dissertation.

Ne vous relâchez pas pour la conclusion

La conclusion est votre chance de faire une dernière impression forte dans cette épreuve. Pour parfaire votre dissertation, construisez la conclusion en trois étapes.

Commencez par récapituler les points clés de votre argumentation, en veillant à montrer comment ils répondent à la problématique.

Fournissez une réponse claire, précise et nuancée à la problématique exposée dans l’introduction. C’est votre dernière chance de montrer que vous manifestez une compréhension approfondie et nuancée du sujet traité.

Terminez par une ouverture qui élargit le débat ou pose de nouvelles questions. Cela montre votre capacité à réfléchir au-delà des limites du sujet donné et à envisager de futures avenues de recherche ou d’analyse.

L’article « La méthode pour préparer et réussir l’épreuve de questions contemporaines au concours des IEP » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : La méthode pour préparer et réussir l’épreuve de questions contemporaines au concours des IEP

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