La question du remplacement des enseignants absents est devenue un sujet récurrent de critiques et de polémiques. Dans un contexte de pénurie de professeurs, le moindre congé maladie peut rapidement priver des classes entières de cours essentiels. Malgré des mesures et des dispositifs mis en œuvre récemment, la situation reste tendue, poussant même des parents d’élèves à recourir à la justice. Face à ces dysfonctionnements, la réponse de certains rectorats interroge.

La difficile gestion des absences d’enseignants

Contrairement à certaines idées reçues, les enseignants font partie des professions qui prennent le moins de congés maladie. Le taux d’absentéisme est ainsi de 5,1 % dans la fonction publique territoriale, de 3,9 % dans le secteur privé, et de seulement 2,6 % dans l’enseignement. Mais une absence, c’est tout de suite une classe qui n’a pas cours, et cela se remarque immédiatement. Dans l’enseignement primaire, un volant de professeurs des écoles remplaçants pallie ces situations, complétées, lorsqu’il n’y a pas de remplaçant disponible, par la répartition des élèves dans les autres classes de l’école. Mais la situation est bien plus compliquée dans le secondaire.

On distingue les absences de courte et de longue durée

La complexité de gérer les absences d’enseignants dans le second degré réside dans la nécessité de trouver un équilibre entre la continuité pédagogique et les ressources disponibles. C’est pourquoi deux dispositifs ont été mis en place, qui permettent de s’attaquer de manière différentielle aux absences de courte durée, moins grave, et à celles qui durent plus de quinze jours.

Dans le cas des absences de courte durée, soit moins de quinze jours, le ministère de l’Éducation nationale prévoit que ces absences ne donnent pas lieu à un remplacement formel par le rectorat, chargeant les collèges et lycées de trouver des solutions internes. Jusqu’en 2023, les chefs d’établissement faisaient appel aux enseignants de leur collège ou lycée pour y remédier : les volontaires acceptaient de faire des heures supplémentaires. Limité à 60 heures supplémentaires par an par enseignant, ce système ne suffisait pas à compenser les absences.

En lançant le principe d’un pacte enseignant, le ministère de l’Éducation a souhaité contracter avec des enseignants volontaires : ceux-ci s’engagent à travailler plus, en particulier sur des projets pédagogiques, moyennant une rétribution supplémentaire. Dans le cadre de ce pacte, les enseignants signataires peuvent être amenés à pallier des absences de courte durée.

En matière d’absences de longue durée, la procédure est différente. Lorsque l’absence dépasse 15 jours, l’Éducation nationale est tenue de nommer des remplaçants. Il existe un contingent d’enseignants titulaires spécifiquement affectés à cette tâche, prêts à être envoyés dans un collège ou un lycée pour se substituer à un collègue en longue absence. De plus, les rectorats recrutent également des remplaçants contractuels, en CDI ou en CDD.

Les taux d’absences non remplacées sont encore trop importants

Le système fonctionne-t-il bien ? Ce serait un euphémisme de prétendre qu’il ne fonctionne pas de manière optimale. Une forte dégradation s’est opérée en une vingtaine d’années, principalement due à une crise aiguë des recrutements. Depuis 2017, 8000 postes d’enseignants ont ainsi été supprimés dans le secondaire. Or les concours de recrutement de l’éducation nationale ne font plus le plein, alimentant la pénurie en professeurs.

Pour ce qui est des absences de courte durée, compte tenu du nombre relativement faible de signataires du pacte enseignant à l’heure actuelle (entre 25 et 30 % des enseignants, estimation du ministère de l’Éducation nationale), les remplacements de courte durée auraient augmenté, mais de manière assez peu significative. La fédération de parents d’élèves FCPE parle d’un passage de 5 à 15 % de remplacements assurés en 2023 par rapport à 2022. Par ailleurs, la qualité des remplacements n’est pas toujours au rendez-vous : le collègue remplaçant enseigne souvent une autre matière que celle remplacée. S’il y a bien continuité des cours dans ce cas, la matière dont l’enseignant est absent n’est plus enseignée pendant son absence.

Mais c’est sur les absences de plus de quinze jours que se cristallisent les inquiétudes. Jusqu’en 2017, on notait un taux de remplacement de 97 %. Celui-ci est descendu depuis à 94 %. On peut se dire que 6 % d’enseignants non remplacés, c’est peu ; mais cela peut avoir des conséquences catastrophiques sur les élèves touchés. Les exemples se multiplient, en particulier dans les académies de Créteil et de Versailles. Des classes sans professeur de physique-chimie depuis trois mois à Aubervilliers, une classe de Première sans professeur de français pendant 4 mois, à l’approche de l’épreuve du Baccalauréat français… Des manques irrattrapables qui s’expliquent par le « vivier » des enseignants qui se restreint d’année en année. Entre 2006 et 2021, le nombre d’enseignants titulaires affectés aux remplacements est passé de 37 000 à moins de 10 000 !

Les recrutements de contractuels pour compenser ce manque ne sont pas toujours une solution idéale. Comptant pour des remplacements effectués, ces néo-enseignants souvent embauchés en catastrophe ne sont pas formés, et un certain nombre d’entre eux ne sont pas qualifiés pour le poste et la matière à enseigner.

Des parents en appellent à la justice

Face à l’accumulation des heures de cours non dispensés, de nombreux parents, soutenus par des associations telles que la FCPE et des collectifs comme #OnVeutdesProfs, ont décidé de porter l’affaire devant les tribunaux. Ces démarches juridiques visent moins à obtenir une compensation financière pour les cours manqués qu’à mettre en évidence le manque d’efforts suffisants de la part de l’État pour garantir une éducation de qualité. L’État a en effet la responsabilité d’assurer cette continuité des cours qui fait défaut.

Plusieurs centaines de cas sont en cours d’instruction depuis déjà trois ans, auxquels viennent régulièrement s’adjoindre de nouveaux dossiers. Le ministère de l’Éducation nationale ne veut pas communiquer, se bornant à rappeler les taux de remplacement des absences longue durée.

Par contre, certains rectorats cherchent à se défendre avec des arguments qui ne semblent pas tout à fait à la hauteur des enjeux. Ainsi, plusieurs d’entre eux avancent que les heures non remplacées n’ont pas été entièrement perdues par les élèves : les élèves étaient envoyés au CDI sous la responsabilité du professeur documentaliste. Ce qui aurait permis de rattraper les heures de français, de mathématiques ou de physique manquantes…

Mais la justification la plus créative proposée jusqu’à présent est celle d’un rectorat attaqué par une famille. Dans sa défense devant le tribunal administratif, il met en avant le bon bulletin scolaire du collégien, argumentant ainsi : « il apparaît que les absences de certaines de ses enseignantes n’ont pas troublé la scolarité de l’élève ni perturbé la continuité de ses apprentissages. »

Est-ce ainsi en minimisant un problème majeur et sensible que l’Éducation nationale parviendra à faire oublier ses déficiences et le manque de moyens dont pâtit tout le système d’éducation ? On peut espérer mieux pour l’avenir et la réussite des élèves.

L’article « Toutes les raisons sont-elles bonnes pour minimiser les conséquences des absences d’enseignants longue durée ? » a été publié originellement sur le site des Cours Thalès : Toutes les raisons sont-elles bonnes pour minimiser les conséquences des absences d’enseignants longue durée ?

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